Uppers & Downers

Cobra Killer

MONIKA66  |  2009
6 / 10
par Romain  |  le 31 octobre 2009

Formées à l’école du digital hardcore teuton, les charmantes Gina V. D’Orio et Annika Line Trost créent Cobra Killer en 1998 suite à la dissolution de leurs groupes respectifs, EC8OR pour Gina (avec Patric Catani, futur Puppetmastaz) et Shizuo pour Annika. L’aura de ces deux formations, déjà cultes au pays du breakcore et des soirées plombées, a profité aux deux comparses qui se lançaient dans de nouvelles aventures nocturnes, pas moins agitées. Des talons aiguilles, des jupes minuscules et une plastique irréprochable… mais aussi du sang, des litres de bibine fadasse et du trash : voilà les ingrédients de la "dreck-electro" qu’elles venaient de lancer, suivies de près par Modeselektor. Quatre albums et quelques « hits » (« Mund auf Augen zu », par exemple) plus tard, les voilà de retour avec un album aussi élégant et suggestif que l’infirmière gantée sur la pochette d’Enema Of The State...

Uppers and Downers est, effectivement, plutôt barré. Ca crie et ça se dandine sévèrement tout au long des onze pistes de l’album au son d’une électro-glitch rehaussée de rhythm’n’blues 60’s pas vraiment novatrice. Ce qui est franchement étonnant, c’est la présence sur la plaque d’une des plus belles brochettes de génies du punk imaginable à ce jour : ont participés à la réalisation de cet album Messieurs Thurston Moore (Sonic Youth), Jay Mascis (Dinosaur Jr.) et Jon Spencer (Jon Spencer Blues Explosion), s’il vous plaît ! Il est clair que ce genre de contribution constitue une valeur ajoutée publicitaire non négligeable, laquelle s’affiche fièrement sur une petite étiquette apposée à la pochette : Uppers & Downers featuring… Mais est-ce que cette enveloppe alléchante renferme la perle qu’elle peut laisser imaginer ?

Malheureusement, Uppers & Downers tient plus de la déconnade entre « grands » que de la collaboration artistique mûrement réfléchie. Les apparitions des uns et des autres sont discrètes, voire anecdotiques (les guitares de Moore sur « Hang Up The Pin Up » ou « Matchy Matchy », sans plus) et le son des demoiselles n’en est pas changé d’un iota : il est aussi énergique, cradingue et désinhibé qu’à l’habitude, ni plus, ni moins. Bref, ceux qui s’attendaient à trouver des expérimentations géniales à chaque tournant seront plutôt déçus. Il faut rappeler aussi que les deux succubes sont davantage réputées pour leurs performances débridées que pour la qualité de leurs albums : si Thurston Moore les adore, c’est qu’elles ont le don de chauffer une salle à blanc dans les plus brefs délais! Dans ce cas, on peut imaginer qu’Uppers & Downers saura entretenir le mythe : des titres comme « Shneeball in die Fresse » ou « My First Parachute » ont tout ce qu’il faut pour faire remuer tout un chacun au milieu d’une soirée arrosée. On le recommandera donc chaleureusement aux mordus du trash, aux fans de la première heure et à tous ceux qui iront les suivre sur scène.