Unitxt

Alva Noto

Raster Noton  |  2008
9 / 10
par Simon  |  le 17 octobre 2008

Qui peut encore aujourd’hui nier l’influence d’un homme aussi talentueux et essentiel qu’Alva Noto  tant sa patte virtuose plane bien au-dessus de l’expérimentation électronique? Et pourtant, les années passant, le cofondateur du très prestigieux label Raster Noton demeure toujours connu d’une frange inversement proportionnelle à l’incommensurable talent de ce plasticien fou. Alors qu’on se remet seulement des dégâts qu’avait provoqués Xerrox Vol.1 sur nos pauvres petites oreilles, tellement peu habituées à un mélange si subtil d’ambient noisy et de minimalisme éprouvant, Alva Noto nous revient en 2008 pour remettre les pendules à l’heure sur la question de savoir si l’Allemand tient toujours sa position d’intouchable.

On comprend vite avec l’arrivée d’« u_07 » que la ballade ne sera pas aussi reposante qu’elle avait pu l’être à l’époque de Xerrox Vol.1. Le beat est pachydermique, presque assourdissant, et le silence qui l’entoure renforce cette impression de surpuissance du son. Une force de frappe terrifiante que l’on avait déjà pu apercevoir sur la série des Transall : crue et violente comme un bon coup dans la gueule. Alva Noto entre dans une guerre digitale qui a perdu tout côté humain, renforcée par l’apparence floue du producteur derrière ses machines, sautant de tranchée en tranchée avec en ses mains un arsenal de rythmiques dernier cri. Et dans l’armée de ces producteurs à la précision chirurgicale, Carsten Nicolai est le pire des chiens de guerre car il dépasse de très loin ses frères d’armes au moment de cisailler, scalpel à la main, un espace sonore bien pâlichon avant l’avènement de cette croisade d’un nouveau genre.

A ce titre, Alva Noto relègue l’humain bien loin derrière l’entité informatique, devenue en un album maîtresse des sens et de l’émotion vive. L’homme, passé au second rang, n’en devient qu’une machine à débiter les mots et les informations (« u_07 », « u_08-1 ») alors que les déclinaisons d’octets, elles, s’emploient à décrire les choses et à influer sur le caractère concret de celles-ci. Lourd programme qui nous est donc proposé ici, mais l’infini talent de ce laborantin de génie suffit à transfigurer cet amas de beats, de drones  et de bleeps dans une fournaise électronique vivifiante et constamment en mouvement. En ce sens, Unitxt est réellement exceptionnel car il parvient à aller au plus profond d’un minimalisme dérangé pour nous ressortir des constructions traumatisantes de précision et de virulence sans jamais se répéter ni singer sa démarche.

Comme un boxeur qui aurait ramassé trop de coups pour reprendre véritablement l’ascendant sur son adversaire, on fait tout ce qui est en notre pouvoir pour parer les attaques sans vraiment parvenir à localiser leur origine. Et le sort qui est réservé aux auditeurs est un moindre mal en comparaison avec le fossé qui existe entre Carsten Nicolai et les autres producteurs de la caste minimaliste. Car les temps sont durs et la concurrence d’autant plus rude qu’elle se voit squattée en son sommet par cet activiste essentiel et bel et bien intouchable qu’est Alva Noto. Quand on sait que le deuxième volet de la série Xerrox devrait arriver avant la fin de cette année, on se dit avec raison qu’on tient peut-être avec ce producteur le sauveur de ces dames, car bien assez dynamique pour lâcher deux albums exceptionnels sans rien perdre en chemin. La guerre est ouverte, et avec Unitxt, Alva Noto (et plus largement Raster Noton) vient de gagner une bataille cruciale avant de voir arriver le reste de la cavalerie. Ultime.