Tuez-les tous

Mach-Hommy

Soul Assassins  |  2019
8 / 10
par Jeff  |  le 9 avril 2019

On avait misé gros sur le second volume des Soul Assassins et sur le Elephants on Acid de Cypress Hill, essentiellement parce que ces deux albums devaient consacrer le retour sur le devant de la scène de DJ Muggs, infatigable bosseur retombé dans l’ombre en même temps que palissait l’étoile de la bande à B-Real, mais qui avait entamé ces dernières années un spectaculaire comeback à la faveur de collaborations bien senties avec les meilleurs élèves du nouveau boom bap de la East Coast - on pense à ses albums avec et pour Meyhem Lauren (Gems From The Equinox en 2017) et Roc Marciano (Kaos en 2018). Pas échaudé par ces deux rendez-vous manqués avec nos coeurs, le producteur angelino a repris le chemin des bas-fonds crasseux du rap et renoué avec ses racines new-yorkaises. 

Sans grande surprise pour ceux qui suivent cette scène qui fait les beaux jours de l'underground, il y retrouve un MC qui se complait dans la pénombre et la discrétion, Mach-Hommy. Si vous nous lisez régulièrement, vous êtes au courant de l’affection que l’on porte au meilleur rappeur dont vous n’avez jamais entendu parler, à qui Earl Sweatshirt offre des EPs entiers qui s’échangent à des prix ridicules - comptez 1.000$ pour à peu près n’importe quelle de ses références. La bonne nouvelle, c’est que cet album collaboratif est lui bien disponible à des prix démocratiques, et même disponible sur les habituelles plateformes de streaming. Et c’est une vraie bénédiction, car les deux hommes s'affichent dans une forme olympique. 

À l’exact opposé d’un hip-hop qui a pleinement intégré les codes de la pop, les deux hommes travaillent sans le moindre refrain, à la recherche permanente de la zone d’ombre, du recoin crasseux, de la back alley où commettre ses méfaits à l’abri des curieux. Aux productions vaporeuses et vicieuses d'un DJ Muggs à qui on ne la fait pas, Mach-Hommy répond par ce flow en apparence anodin, mais pourtant magnétique - pensez à un croisement entre MF Doom et Raekwon. L’ADN est certes old school, mais rien pourtant dans l’exécution ne renvoie à une musique surannée, dépassée par les évènements. Au contraire, un disque comme Tuez-les tous (ce titre en français renvoie aux origines haïtiennes de Mach-Hommy) a toute sa place dans une économie de 2019 qui finira bien par se lasser de la trap nappée de pop. Ce moment venu, ne comptez pas sur Mach-Hommy et sa clique de copains (Tha God Fahim, Meyhem Lauren ou Your Old Droog, tous présents sur ce disque) pour occuper le terrain. Jamais dans la tendance, mais toujours dans la bonne direction.