Trial By Fire

Yelawolf

Slumerican  |  2017
7 / 10
par Yoofat  |  le 22 novembre 2017

Yelawolf est un cas à part dans le rap US. Signé par l'un des plus grands labels du monde (Interscope), ce qu'il propose n'a pourtant rien d'actuel. Ce n'est pas de la trap ou du mumble rap qu'il s'inspire. Fils spirituel de Johnny Cash, poulain d'Eminem ayant grandi en écoutant la Three 6 Mafia, le natif de l'Alabama a bien eu du mal à trouver sa voie. Bien épaulé sur sa plus grande réussite (Love Story, sorti en 2015), l'Américain retourne au charbon pour un troisième projet solo. Sur Trial By Fire, Yela veut construire son sequel à Love Story, cette fois-ci seul à la production. 

Yelawolf se définit comme étant rempli de vices. De fait, l'album s'ouvre par son titre éponyme, narrant la naissance de son auteur marqué par le Diable. La marque du Malin demeure omniprésente, tant dans les choix musicaux que dans la narration de Trial By Fire. "Je suis devenu les choses qui me terrifiaient autrefois", chante de manière tragique Joshua Headley, invité sur le glaçant "Shadows". Yelawolf est devenu les lugubres accords de guitare de "Trial by Fire", l'harmonica sudiste de "Get Mine", la percussion endiablée de "Punk". Yelawolf se veut l'incarnation musicale du Diable, lui et ses invités masculins. La batterie de Travis Barker, le violent refrain de Juicy J, celui couronné de sang froid de ce redneck de Kid Rock. Tout va bien en Enfer jusqu'à "Sabrina", la fille fictive du rappeur, introuvable alors que celui-ci s'était levé un peu plus tard que d'habitude... 

Yelawolf imagine le pire pour Sabrina car Yelawolf fait le pire. Conscient de l'ignominie de sa vie, le MC n'en oublie pas pour autant ses réflexions lumineuses. Le contraste en fait un album intéressant, plus complexe qu'il n'y paraît au prime abord. Ses joies sont à conjuguer à l'imparfait, notamment sur "Ride or Die", morceau dédié à ses amis de longue date. Ses joies sont  à conjuguer au présent quand il raconte tout ce dont il est capable de faire par amour pour ses enfants et ses proches dans "Do For Love". Sa plus grande joie est quant à elle éternelle, c'est sa liberté artistique. Ne respecter aucun dogme, aucune mode.

Parfois engagé comme sur "Row Your Boat", Yelawolf chantonne un flow qu'il tient tout au long de ses seize mesures, enchaînant des odes à la musique, des réflexions introspectives ou des uppercuts à l'attention de la police. Yelawolf n'a jamais été aussi textuellement pertinent, aussi musicalement versatile, aussi artistiquement élevé. Ses choix mélodiques peuvent interpeller (notamment quelques refrains rappelant les pires heures du rock californien des 90's), mais ils témoignent de l'esprit libéré de son auteur. Si ses invités masculins étaient de petits diablotins, les deux voix féminines de l'album sont parfaitement angéliques. La lenteur de Bones Owens martèle l'envie de pensée par soi-même, celle de Wynonna Judd conclut l'album par un ensoleillement propre au sud des USA.

Trial By Fire est une nouvelle réécriture de la vie de Lucifer. Entre le rock et le rap, le paradis et l'enfer, l'emprisonnement et la liberté, la souffrance et le bien-être, Yelawolf se complexifie un peu plus dans ce nouvel effort rappelant son statut à part dans l'industrie musicale actuelle.