Transe-Lucide

Disiz

Def Jam France  |  2014
3 / 10
par Aurélien  |  le 14 février 2014

A hurler à qui veut l'entendre que sa trilogie Lucide/Extra-Lucide/Transe-Lucide est le témoignage d'un mec revenu dans le rap pour remonter le niveau, on a fini par croire que Disiz était devenu un artiste aussi prétentieux que niais. Et quand on a reçu le petit dernier du lot par la Poste, on a plutôt été conforté dans cette idée: avec le CD promo, le MC a en effet joint un hilarant booklet où il décrit laborieusement son rejeton et la "sincérité" qu'il a placée dans ce projet. Mais assez causé emballages: on laissera le soin aux gars de Haterz de faire un papier à ce sujet, en particulier quand on a vu ce qu'ils ont fait du bouquin de La Fouine. C'est donc plutôt côté musique qu'on va aller se faire notre idée, avec en tête une question cruciale: Transe-Lucide peut-il faire pire qu'Extra-Lucide ? Assurément, non. Mais de là à dire qu'il a fait mieux, il y a un fossé qu'on ne s'autorisera certainement pas à franchir.

Quand un album s'ouvre sur "quand j'étais petit à la cantine c'était à base de po-po-po-porc/si t'en manges pas tant pis pour toi va faire du spo-po-po-port", on se dit que c'est pas gagné d'avance. Idem lorsqu'on tombe un peu plus tard sur "son of a bitch ça veut pas dire fils de plage": Disiz n'a pas, à son grand dam, perdu la main en matière de proutlines. Et il a visiblement toujours aussi peu de choses à dire, à en juger par la récurrence des sujets qu'il traîne depuis déjà deux albums. Ainsi, il continue de se jeter des fleurs pas tout à fait fraîches, de hurler inutilement l'amour qu'il porte a son public, de singer Morsay en plaçant les mots "jaloux" et "haineux" toutes les deux mesures, et de suivre un peu bêtement les tendances du rap US, comme sur "Rap Genius" où il rappe pendant six minutes sur un beat minimaliste. Pas besoin de vous faire un dessin.

C'est plutôt dommage en fait, car dans la forme, l'album profite d'une construction plutôt audacieuse qui n'est pas sans rappeler le premier Kid Cudi, fort d'une production qui tient pas trop mal la route et qui réveille le flow d'un Disiz qu'on a plus entendu aussi affûté depuis l'album de Klub Sandwich. Dommage donc que les maigres performances à relever se retrouvent plombées par les pitoyables interventions d'une Mad dont la voix rappelle un mélange indigeste entre Tal et Cœur de Pirate, ou par cette volonté de faire du Stromae sans âme, comme sur "Kamikaze".

Nous voilà à l'arrivée face à un produit infiniment plus concis qu'un Extra-Lucide qui avait, à sa sortie, su attirer pas mal de ma vindicte vu son absence totale de structure. Si la forme y est un peu plus sur Transe-Lucide, c'est toujours autant le vide qui prime dans le chapitre final de cette trilogie qui brasse tellement de vide et d'idées reçues qu'on imagine mal qu'elle puisse séduire autre chose qu'un parterre d'élèves de terminale L. Et c'est la moindre des gloires pour un MC qui passe tellement de temps à s'auto-caricaturer qu'on comprend mieux pourquoi Willaxxx ne s'est encore jamais attaqué à son cas.