Total 10

Kompakt

Kompakt  |  2009
6 / 10
par Jeff  |  le 3 septembre 2009

A une époque, pas si lointaine que cela, il était pour ainsi dire impossible de prendre le label Kompakt en défaut. Le bébé de Michael Mayer, Wolfgang Voigt et Jürgen Paape, un DJ et deux producteurs qu'un amour pour la musique électronique a réuni au détour d’une conversation dans le magasin tenu par ces deux derniers, était considéré par tous comme l’un des plus beaux exemples de réussite dans l’intégrité de la fin des années 90. Compilations, singles ou albums ; aucun format ne faisait peur au label de Cologne qui enchaînait révélations et confirmations. Mais depuis quelques années, l’hégémonie de la maison Kompakt s’est quelque peu effritée, celle-ci étant entré dans une certaine routine bien normale qui en a fait une valeur sûre, se contentant de donner à ses amateurs ce qu’ils voulaient entendre  et de se rappeler à notre bon souvenir par l’entremise de quelques coups d’éclats bien sentis, à l'image de The Field pour citer un exemple relativement récent.

Parmi les différentes séries de compilation éditée par le label, il ne fait aucun doute que celle des Total compte parmi les préférées des aficionados, au côté des Speicher et autres Pop Ambiant. Idéales pour évaluer l’état de santé du label, les dernières livraisons annuelles n’avaient pas vraiment servi à rassurer des fans déjà bien inquiets. Ce nouveau volume, le dixième du nom (qui coïncide avec le dixième anniversaire du label) est évidemment attendu de pied ferme et d’aucuns espèrent de tout cœur une amélioration de la condition du grand malade. Mais comme on ne guérit pas d'une pneumonie en une journée de repos, la convalescence de Kompakt prendra un peu de temps, et ce Total 10 est là pour le prouver à ceux qui en douteraient encore.

D’autant plus que la mise en orbite est des plus poussives : pour faire simple, disons simplement que le premier disque est indigne d'une maison aussi prestigieuse que Kompakt. Hormis quelques rares coups d'éclats (le duo Thomas/Mayer, DJ Koze et son interprétation minimale d’un match de tennis ou Justus Köhncke remixé par Dirk Leyers), l’auditeur n’a à se mettre sous la dent qu’une parodie de Kompakt, cette première galette s’apparentant rapidement à un enchaînement interminable de morceaux peu ou pas inspirés et tirant en longueur – à l’image d’un Gui Boratto qui, tant remixé que remixeur, démontre qu’il a bien du mal à confirmer la bonne impression laissée par Chromophobia en 2007.

Heureusement, le fan obstiné voit ses efforts récompensés sur une seconde galette qui, si elle ne nous fait rêver que trop rarement au son de cette techno aussi élégante que froide qui a fait la renommée de Kompakt (notamment par l’entremise de Reinhard Voigt, en solo ou accompagné de Jörg Burger et remixé par Ivan Smagghe et Tim Paris), permet au moins à ces artistes qui font du label un synonyme de qualité dix années après sa naissance de nous montrer toute l'étendue de leur talent. Au programme de ce second disque donc, beaucoup de bonnes choses, voire de l’indispensable : le funk futuriste et synthétique de Justus Köhncke, la techno pop d’un Matias Aguayo qui défie Matthew Dear et James Murphy sur leur terrain de jeu et accouche de l'un des meilleurs titres de la compilation, un remix ébouriffant de l’hymne techno-trance « The More I Do » de The Field par Thomas Fehlmann, un autre tout en délicatesse du belge Gotye par les héros Supermayer ou encore la deep techno capiteuse de Wassermann.

Vous l’aurez compris, la seconde moitié de ce Total 10 contient onze titres qui sont autant de raisons de penser que le label de Cologne a encore de beaux restes et de beaux jours devant lui – à condition évidemment de continuer à marier tradition et innovation comme il sait si bien le faire. Rendez-vous en 2019 donc...