Too Many People in One Bed

Sandra Phillips

Alive Records  |  2013
9 / 10
par Jeff  |  le 19 novembre 2013

Ce disque de Sandra Phillips, on pourrait vous en parler pendant des plombes, comme on pourrait se limiter à quelques mots seulement pour vous le faire aimer sans même l’avoir écouté. On essayera ici de trouver un juste milieu.

En parler pendant des plombes, parce qu’il a une histoire, ce Too Many People in One Bed. Celui de ces (trop) nombreux disques de soul que l’Histoire a oublié. Souvent, ces classiques qui s’ignoraient se perdaient dans le flux constant des sorties incontournables de l’époque. Dans le cas de la chanteuse originaire de la Caroline du Sud, son album n’a tout simplement jamais vu le jour. Pourtant, il aurait pu s’appuyer sur une imparable rampe de lancement : le superbe I’m a Loser de Doris Duke, d’une rare beauté, et sorti en 1970 sur Canyon Records. C’est visiblement à cause des excès en tous genres de cette dernière (une Amy Winehouse avant l’heure) que le label est allé droit dans le mur. Comme le disque de Sandra Phillips, qui était alors chouchoutée par le producteur Swamp Dogg qui avait pour la chanteuse de grands projets. Mais tandis que son album prenait la poussière sur une étagère, l’Américaine s’est reconvertie dans le music hall – en même temps, avec une voix pareille, pas étonnant que Broadway l’ait accueillie à bras ouvert. Et il aura donc fallu attendre 2013 et le travail de digging du label Alive Records (qu’on connaît surtout pour avoir été le premier à donner une chance aux Black Keys) pour que le disque voit enfin le jour officiellement. Et bon dieu, il était temps.

Voilà pour l’histoire de ce disque résumée en quelques lignes. Mais comme dit plus haut, Too Many People in One Bed est de ces disques dont la seule écoute réduit à néant l’envie de se lancer dans un festival de dithyrambes ou un concours de superlatifs. Faites-nous pleinement confiance sur ce coup là et sachez juste que cet album s’inscrit dans la plus pure tradition deep soul,  qu’il est un enchaînement impeccable de perles au groove suave et aux arrangements généreux, et qu’il constitue une litanie d’histoires d’amour toutes plus déprimantes les unes que les autres mais ne sombrant jamais dans le pathos inutile. Partant de là, la voix de Sandra Phillips et la production de Swamp Dogg se chargeront de faire le reste – et par reste, on entend vous transpercer le cœur avec ces histoires de femme brisée par un pauvre type qui ne la mérite certainement pas. L’histoire est classique, au même titre que le genre musical qui se charge de l’habiller, mais le résultat n’en reste pas moins d’une touchante intensité.