Tongues

Kieran Hebden & Steve Reid

Domino  |  2007
5 / 10
par Nicolas  |  le 9 septembre 2007

Un an après les doubles Exchange Session, portant le nom du club londonien où elles furent enregistrées, Kieran Hebden (aka Four Tet) et le batteur jazz Steve Reid remettent le couvert avec Tongues, un album capturé au même endroit et dans les mêmes conditions que ses prédécesseurs. Et si l’on pourrait revenir à l’envi sur le prestigieux passé des deux hommes, pour l’un avec Four Tet et Fridge, pour l’autre en tant que batteur d’artistes aussi renommés que James Brown, Miles Davis ou Sun Ra, il nous faudra davantage disserter sur ces compositions, réalisées sous forme de jam sessions expérimentales, au demeurant fort difficiles d’accès.

Comparativement à Exchange Session donc, Tongues semble vouloir raccourcir le propos tout en essayant de le rendre plus compact. Toutefois, la formule éprouvée par le passé ne change pas du tout au tout : on retrouve donc, sur ces dix titres, ce mélange caractéristique d’expérimentations électroniques et de déambulations free jazz. Si la rencontre entre les deux hommes prend tout son sens en live, étant donné qu’ils y laissent libre cours à l’improvisation, le résultat apparaît nettement plus figé sur disque. Bien que l’album prétende jouer tant sur la spontanéité que sur la rugosité, Tongues étant réalisé sans overdubs ni edits, il est difficile d’y voir autre chose que de l’expérimentation purement gratuite. Kieran Hebden et Steve Reid ont beau être d’incroyables musiciens, leur mixture n’en est pas forcément digeste.

De pareils délires peuvent donc plaire en live, surtout au vu de leur parfaite maîtrise des instruments, mais on ne retrouve pas les mêmes sensations lorsqu’on écoute ces triturations sonores dans son salon. Et ce malgré l’amorce plutôt kraut ("The Sun Never Sets", "Brain") qui ouvre avec bravoure ce Tongues. Ensuite, la machine se met à divaguer, même sur la chanson traditionnelle celtique ("Greensleeves") revisitée par le duo, et accouche d’un produit fini difficilement commercialisable. Malgré l’effort technique que représente cet opus…