Timeline

Mild High Club

Circle Star Records  |  2015
6 / 10
par Hugo  |  le 24 septembre 2015

Il y a quelque chose d'un peu réducteur à définir encore Stones Throw comme un label 'strictly hip hop'. Voilà des années que la maison de Peanut Butter Wolf (qui va fêter ses 20 ans) a écartelé son spectre musical, avec quelques coups d'éclats (The Stepkids, Jonti) et de jolis succès commerciaux à la clé (Aloe Blacc, Mayer Hawthorne), qui lui auront même permis de flirter avec le mainstream.

Constatant que les prises de risques incessantes pouvaient être difficiles à suivre pour la fan base traditionnelle, Stones Throw a lancé récemment Circle Star Records, un sous-label qui pourrait, au vu de son catalogue, centraliser le gros de ses expérimentations psychédéliques. On a donc eu droit cet été à JUNK, un objet curieux et un peu débile signé Jesse Hackett, composé essentiellement avec un clavier Yamaha tout pété trouvé dans une benne à ordures. Plus tôt dans l'année, c'est avec un vrai plaisir que l'on a découvert la pépite "Windowpane", premier single du Mild High Club, qu'on se risquera à traduire par "le club des doux partouzeurs de l'espace aérien".

D'amour, il en est clairement question dans Timeline, premier album du projet de pop lo-fi d'Alexandre Brettin. Plein de tendresse, le second single "Undeniable" est de ces morceaux vecteurs de grandes résolutions, ici celle, dixit l'auteur, de "troquer l'interface austère de Tinder contre les couilles de parler à un(e) inconnu(e)". Rien n'est fait pour brusquer le badaud dans Timeline, les structures sont molles, les rythmes très lents, les morceaux plutôt courts et la production volontairement primitive - on sent qu'Ariel Pink n'est pas très loin, il apparaît même sur "The Chat". L'esthétique globale évoque le Caramel de Connan Mockasin, la vulgarité en moins.

Malheureusement, malgré la micro-dose d'endorphine un peu nostalgique qu'elle procure, l'écoute de ce LP plonge vite son auditeur dans une certaine torpeur, la faute à une trop grande homogénéité des morceaux et à l'oisiveté qui s'en dégage. Pour supporter le poids des écoutes, Timeline requiert un cahier des charges en psychotropes exigeant. Dommage au vu des promesses des deux premiers singles. L'annonce d'une date en ouverture de Neon Indian le 27 octobre prochain à Paris nous permettra de savoir si c'est en live que le projet prend réellement forme. En attendant, je crois que je vais retourner sur Tinder.