Through The Cortex

Terence Fixmer

Ostgut Ton  |  2018
7 / 10
par Jeff  |  le 17 octobre 2018

Terence Fixmer est un vétéran qui se porte comme un charme, lui qui traverse les décennies sans jamais céder aux modes, et qui est aujourd'hui aussi à l'aise et pertinent qu'il soit coincé sur une affiche entre Ben Klock et Len Faki ou qu'on lui demande de se produire dans un festival d'EBM après un concert de Front 242 ou Nitzer Ebb. Des modes éphémères, le Lillois en a vu (et laisser) passer un beau paquet, mais la plus belle preuve de l'attachement que lui porte le monde de la musique électronique depuis ses débuts, c'est que la première référence sur son Bandcamp est un 12" pour le mythique label belge Bonzaï Records, et que celle dont on parle aujourd'hui est un album pour un autre label appelé à devenir tout aussi légendaire, Ostgut Ton. Et au milieu de tout cela, des piges chez CLR (le label de Chris Liebing), Electric Deluxe (celui de Speedy J), Deeply Rooted (celui de DJ Deep) ou encore International Deejay Gigolo Records (celui de DJ Hell). Bref, une carrière qui se résume par une punchline de la Scred Connexion: jamais dans la tendance mais toujours dans la bonne direction.

Et la bonne direction prise par ce premier album sur le label du Berghain, elle se résume principalement à un brassage d'influences techno et EBM sur un LP où, très clairement, l'aventure se passe en deux faces bien distinctes, composées de 4 titres chacune. Si la première plaira aux amateurs de dark techno à la recherche de bons compagnons pour leur prochaine montée de MDMA, on peut lui trouver un côté un peu (trop) linéaire vu l'absence d'arc narratif dans lequel inscrire ses éléments constitutifs. Par ailleurs sa propension à être pensée pour le club davantage que pour l'écoute domestique (même si on peut imaginer les dégâts que provoquera "Shout In Black Hole" sur un dancefloor) empêche parfois de se plonger totalement dans l'univers créé par Terence Fixmer. Par contre, c'est sur la face B que le producteur se montre vraiment à la hauteur du format album, en produisant quatre titres qui ne sacrifient certainement pas leur force de frappe sur l'autel de la narration, mais jouent davantage sur les nuances, laissant au passage transparaître des influences post-punk ou no wave plus difficiles à cerner quand Terence Fixmer usine du dj tool plutôt que des morceaux qui ont de belles choses à raconter. Ainsi, entre un "Halo Somewhere" qui aurait eu sa place sur le très bon dernier album de The Field, un "Expedition" qui dégage une sensualité qui fait parfois défaut dans la techno et un "Accelerate" qui résonne comme un hommage aux grands de l'EBM, Terence Fixmer démontre toute l'étendue de son talent dans un exercice sur lequel ils sont très nombreux à se casser les dents.

Au final, malgré une entame de disque qui manque un peu de relief, on est très contents de voir Terence Fixmer briller sur la longueur d'un album pour Ostgut Ton, d'autant plus que cette année, on a eu un peu de mal à s'enthousiasmer pour les deux longs formats d'artistes pourtant incontournables ou habitués de la maison berlinoise, à savoir Martyn et Answer Code Request. En même temps, ces derniers temps, ce n'est pas comme si la France ne s'amusait pas à donner des leçons à l'Allemagne...