The Waterfall

My Morning Jacket

ATO Records – 2015
par Jeff, le 15 mai 2015
5

Un peu à l’image de Spoon ou des défunts The Walkmen, My Morning Jacket fait partie de ces groupes complètement snobés par le public européen, là où outre-Atlantique presse indé, canards généralistes et public s’empressent de couvrir l’actualité du groupe à chaque fois qu’un nouvel album pointe le bout de son nez. Et ce n’est pas avec ce septième album studio que les choses vont changer. La première preuve ? Les chroniques en français se font très rares (sur la toile, elles se comptent sur les doigts d’une main) et le calendrier de tournée pour l’été est à l’image du désamour porté à MMJ par le Vieux Continent, avec une pauvre date à Rock en Seine (tu le sens le graveyard slot à 17 heures?) et une autre, plus intéressante elle, au Rivierenhof anversois en septembre.

L’autre explication du status quo, on la trouve dans la discographie du groupe et tout au long de The Waterfall, premier album d’un diptyque dont le second volume devrait sortir en 2016. En effet, depuis ses débuts et à quelques rares exceptions, My Morning Jacket a surtout cultivé l’art du sur-place. En même temps, comment pourrait-on leur en vouloir, eux qui évoluent déjà dans un registre aux confluents de plusieurs univers pas vraiment faits pour s’entendre, eux qui ont perfectionné une formule complètement casse-gueule sur papier. En effet, tout le mérite de My Morning Jacket, c’est de pondre une musique qui aime autant la douceur folk que la beauferie country, la légèreté de la pop et les poses guitar-héroïques. Et si par chez nous la fanbase est assez hétérogène, dans leur Amérique violemment plurielle, cela veut dire que le groupe est autant susceptible de plaire au hipster de Williamsburg qui boit des frappaccino à 12$ qu’au camionneur de l’Alabama qui se pète la rondelle à la Bud tiède en canettes.

Dans cette optique, difficile d’attendre de My Morning Jacket des (r)évolutions. Pire encore, le groupe se trouve dans cette situation finalement assez inconfortable où le status quo évoqué un peu plus haut doit être compensé par des compositions et une écriture qui renvoient, au moins, aux incontournables que sont At Dawn (sorti en 2001) et Z (le vrai carton commercial de MMJ à ce jour, paru en 2005). Et si le contrat avait été rempli avec Circuital il y a 4 ans, on est un peu plus mitigés à l’écoute de ces dix nouveaux titres qui alternent le très bon (le titre d’ouverture ou un "In Its Infancy (The Waterfall)" qu’on croirait presque sorti d’un disque de Midlake), le passable et le tout simplement chiant. Pour le coup, on ne va pas se casser le cul et vous sortir la sempiternelle expression de circonstance: "heureusement qu’il reste le live" - enfin, si vous êtes belges. Car à ce niveau-là, y’a pas à dire, les mecs excellent.