The Unspeakable Chilly Gonzales

Chilly Gonzales

EMI Music  |  2011
8 / 10
par Gwen  |  le 5 juillet 2011

Record du monde au piano, collaborations en pagaille, bande originale de film… Le Chilly se décline dans les modèles les plus variés (et à l’intérêt relatif) depuis presque deux ans. Ne manque plus que le porte-clé et le tapis de souris. Perpétuel insatisfait, Gonzales pourchasse le défi musical ultime, l’apnée sans paliers de décompression, le saut avec un élastique un peu trop long - quitte à s’écraser sur Arielle Dombasle. Loin d’être exténué, le Canadien entreprend ici de réconcilier ses premiers amours, le rap et la musique classique, avec une décontraction qui suggère que ses gentilles incartades mégalo (I’m a musical genius, bla bla bla) baignent probablement dans un fond de vérité.

"I see the truth in Eric Cartman and Salvador Dali and Dolly Parton and even Chris Martin when I dance to Viva La Vida alone in my apartment." Rien que pour cette confidence, The Unspeakable vaut la peine d’être téléchargé légalement. Entre les punchlines désopilantes et le name dropping malicieux, l’entertainer introduit sa part de clown triste, avec ses regrets, ses ambitions réprimées et son complexe de rappeur blanc à cou de poulet qui s’irrite sous le poids de la chaîne platinée. On ne sait jamais si on est réellement invité à pleurer sur son sort mais ses talents de conteur parviennent à insinuer le doute (la jolie conclusion "Shut Up And Play The Piano").

Pour habiller le vague-à-l’âme du personnage, les consignes sont posées : pas de beats, pas de samples. Chilly rassemble ses idoles (Morricone, ProkofievGershwin, Satie, Glass) et charge son frangin, Christophe Beck, compositeur pour le tout Hollywood, de gérer ce lourd patrimoine. Les arrangements, ludiques et souvent excitants, participent ainsi à l’hommage avec souplesse, les charges symphoniques ("Supervillain Music") succédant aux sonates contemporaines et aux résonances exotiques ("Bongo Monologue"). The Unspeakable pourrait passer pour un album de rap destiné à ceux qui n’aiment pas le rap et de classique pour ceux qui n’aiment pas le classique. En fait, c’est surtout un excellent album de Gonzales.

Le goût des autres :

note : 66/10Thibaut