The Talkies

Girl Band

Rough Trade  |  2019
8 / 10
par Gwen  |  le 8 octobre 2019

Il y a les résurrections que l’on a attendues pendant treize ans (coucou, Maynard) et celles que l’on n’attendait pas, convaincus qu’elles n’auraient pas lieu. Le groupe de post-punk à tendance noise Girl Band se plaçait dans la seconde catégorie jusqu’il y a peu de temps encore. Le genre de groupe qui s’embrase tel un bout de journal dans le barbec en ne laissant derrière lui qu’un excellent album (Holding Hands With Jamie en 2015) devant rester l’unique référence à tout jamais choyée (élargissons à deux avec l’EP The Early Years). 

Accablé par les troubles mentaux de son chanteur, Dara Kiely, le quatuor avait raréfié ses apparitions jusqu’à ce que celui-ci ne s’évapore sans laisser de post-it sur le frigo. Petit à petit, la jeune garde a commencé à mentionner leur nom en interviews et les Irlandais se sont alors surpris à décrocher ce statut un peu culte de groupe qui s’est fait abattre au-dessus d’un champ de betteraves juste au moment où il prenait son envol.

Quatre ans. C’est le temps qu’il a fallu à Kiely pour toucher le fond de la piscine, intenter un dernier coup de pied vital et remonter lentement à la surface. Quelque part, The Talkies donne l’impression d’être la conversion sonore des litres d’eau sale régurgitées en bord de bassin après la frayeur de la noyade. Introduit par l’enregistrement d’une réelle crise de panique subie par Kiely en studio, l'album engage 45 minutes de thérapie brutale déversée dans un entonnoir rouillé. 45 minutes sous vide dans le ventre d’une bétonneuse. 45 minutes où les hurlements de Kiely vacillent entre les appels à l’aide et la délivrance tant espérée. La descente en rappel est éprouvante, mais se révèle être un splendide coup de pied au cul. Heureusement pour notre système nerveux, on n’évolue pas complètement en marais inconnu. Le direct dans les gencives ("Going Norway"), le slow burner qui vous récompense en bout de course ("Couch Combover"), la montée obsessionnelle qui vous refuse son climax ("Salmon of Knowledge")… On reconnait des habitudes de composition que le groupe a manifestement perfectionnées en leur injectant une bonne dose de stéroïdes, mais aussi la cohérence qui tendait à manquer à leurs débuts. 

Girl Band continue à appuyer sur les zones sensibles et ne prévoit pas de sortie de secours (au risque d’en épuiser quelques-uns en cours de route). Quel que soit le niveau d’inconfort, The Talkies pourrait bien être ce shot d’adrénaline que nous n’avions pas commandé, mais dont nous bénirons certainement les effets.