The Off-Season

J. Cole

Dreamville Records  |  2021
7 / 10
par Ruben  |  le 25 mai 2021

1492 jours depuis le DAMN. de Kendrick Lamar, 1051 jours depuis le Scorpion de Drake et 1121 jours depuis le KOD de J. Cole. Oui, il était grand temps qu’un des trois princes du rap US se décide à ressortir de sa tanière et, après plus de trois ans d’attente, c’est donc le rappeur de Fayetteville qui est le premier à remettre son compteur à zéro, avec la sortie de son sixième LP, The Off-Season.

Contrairement à certains MC dont la majeure partie de la carrière consiste à réaliser de médiocres copié-collé de leurs plus grands succès, le processus créatif de J. Cole débute, à chaque nouveau disque, par une remise en question complète de son art. Mis en image dans un documentaire disponible sur Youtube, cette éthique de travail est la marque de fabrique des plus grand·es. En effet, ils ne sont qu’une poignée capables de repartir d’une feuille blanche, alors même que les zéros continuent inlassablement à s’accumuler sur leur compte en banque – où pour citer J. Cole lui-même « 100mil but I’m still on the grind ».

Pour autant, le fondateur de Dreamville Records ne renie pas sa discographie. À 36 ans, J. Cole met à l’œuvre ses années d’expérience dans le rap pour extraire de ses précédents projets les éléments qui ont le mieux fonctionné, pour ensuite les retranscrire, tout en maîtrise, sur The Off-Season. Par exemple, sur 4 Your Eyez Only, le storytelling était incroyablement fourni mais, par moments, le disque pouvait être poussif dans son exécution. Sur The Off-Season, cette extraordinaire plume est à nouveau présente, mais J. Cole va intelligemment la saupoudrer de l’énergie frénétique de KOD, un disque hyperactif, avec des cadences ultra-élevées et une intensité redoutable - mais qui, à son tour, pouvait manquer de substance et de profondeur. Sur ce nouveau LP, au travers de pépites comme «  c l o s e » ou «  t h e . c l i m b . b  a c k », J. Cole trouve le juste milieu entre cadence, rythme et énergie à déployer au micro ; un équilibre redoutable d'efficacité qui propulse The Off-Season loin devant la concurrence.

Celui qui se considère comme le « Middle Child » du rap US, bercé entre la nouvelle génération de MC et l’ancienne garde, dont le chef de file est sans conteste son mentor Jay-Z, J. Cole fait preuve d’une versatilité qu’on connaissait peu chez lui. En effet, d’un côté, le rappeur de Dreamville s’amuse à copier les récentes pitreries de Lil Baby ou Gunna sur « a m a r i », puis invite la crapule 21 Savage pour une intervention délicieusement mongolo dont lui seul a le secret. De l’autre, J. Cole sait rendre un hommage poignant au rap des années 90, avec notamment l’incroyable « a p p l y i n g . p r e s s u r e » avec un sample qui loope en continu et sur lequel J. Cole fait suer son cahier de rimes.

Pour autant, The Off-Season a parfois davantage l’allure d’une mixtape que d’un véritable LP. Alors que les nostalgiques de l’époque de Friday Night Lights se frottent les mains, l’auditeur·rice lambda pourrait rester sur sa faim. Car même si la performance commerciale du disque ne fait aucun doute au vu de la notoriété de son interprète, il n’y a, pour autant, pas réellement de single vraiment fort qui se dégage de la tracklist, et qui permettra de s’identifier immédiatement au J. Cole de 2021. Le disque, malgré toutes ses bonnes intentions, nous laisse comme un gout d’inachevé dans la bouche ; comme s'il n'assumait pas les ambitions de grandeur de son interprète. On retrouve donc le rappeur de Dreamville exactement là où on l’attendait, dans une sorte de zone de confort améliorée - ce qui n’est pas une mauvaise chose en soit. En effet, J. Cole a clairement progressé depuis 2018, il a pris le temps de perfectionner son art, de développer ses skills en studio et de peaufiner son grand retour, après trois années d’absence. Pour autant, The Off-Season ne sera toujours pas son Blueprint, et ce sixième album studio ne laissera pas sur le hip-hop US une marque aussi indélébile que le légendaire sixième album studio de Hov', un statut auquel Jermaine Cole aspire tant, mais qu'il ne décrochera toujours pas en 2021.

Le goût des autres :