The New Brigade

Iceage

What's Your Rupture?  |  2011
7 / 10
par Jeff  |  le 7 septembre 2011

Quand on voit le nombre de groupes surcotés (voire insignifiants) dont nous abreuve l’indie américain ou britannique, il y a parfois de quoi se poser des questions sur cette hégémonie du pays de l’Oncle Sam. Surtout quand on sait qu’il ne faut pas aller chercher bien loin pour trouver à toutes ces formations des rivaux européens de qualité égale ou supérieure. Et souvent, c’est en Scandinavie que ça se passe. Ainsi, depuis quelques mois, le monde entier commence à s’intéresser de très  près à Iceage, une bande de jeunes Danois n’ayant même pas atteint la vingtaine et faisant déjà étalage d’une culture musicale digne d’un trentenaire bien informé. En effet, plus encore que la qualité intrinsèque des compositions de ce premier album (et sur lesquelles on va revenir), c’est le fait de savoir qu’elles ont été pondues par des mecs qui sont malades après 10 bières et ont à peine vu la couleur d’un téton qui a tendance à sidérer l’auditeur – ou provoquer une sacrée jalousie si celui-ci s’avère être également musicien.

Le créneau du groupe ? Le punk, voire le post-punk. Mais attention, là où l’immense majorité des jeunes de leur âge fourbissent leurs armes sur un punk d’obédience californienne et bébête, les gars d’Iceage préfèrent sauter les étapes, en mettre plein la vue avec leurs compositions tranchantes comme des lames de rasoir et rallier les rangs de groupes comme Be Your Own Pet, No Age ou Abe Vigoda, non sans ressusciter au passage les Stooges et Joy Division – d’ailleurs, la ligne de basse de « Total Drench » n’est pas sans rappeler celle de « Transmission » et Ice Age est le nom d’une vieille face B de la bande à Ian Curtis.

Au programme de ce New Brigade incandescent, 12 morceaux, 25 minutes et pas le moindre temps mort évidemment. Et clairement, avec ce premier effort, on tient là le genre de groupe qui fera aimer le punk aux hipsters comme Fucked Up a pu déclencher chez eux un amour aussi instantané qu’éphémère pour le hardcore. En effet, on sent chez Iceage cette capacité de jouer une musique dont l’évidente agressivité ne doit pas cacher une intelligence bien sentie doublée d’une efficacité redoutable. Ajoutez à cela une attitude détachée et un look bien travaillé et vous obtenez de la chair à "Best New Music".

Et si il faudrait être d’une sacrée mauvaise foi pour cataloguer The New Brigade comme une nième produit de la hype que l’on oubliera la saison terminée, on n’ira pas jusqu’à faire du groupe de Copenhague le truc le plus ébouriffant entendu cette année. Mais il est certain qu’avec un premier album d’un tel niveau et vu le jeune âge des protagonistes, il est fort peu probable que le second album du groupe bénéficie d’une sortie confidentielle sur un petit label danois…