The Lesser God

Dumal

Indépendant  |  2017
8 / 10
par Simon  |  le 17 février 2017

Ceux qui ont l’habitude de s’envoyer des disques par camions le savent, à un moment, la surcharge d’informations rend difficile le jugement éclairé. Tant et si bien qu’on se trouve parfois à snober des disques qu’on a finalement trop mal écoutés, tout devant être intégré au moins aussi vite que l’actualité dictée par internet imprime le rythme. C’est pour cela que des disques comme celui de Dumal font un bien fou.

Car The Lesser God appartient à une catégorie devenue rare : celle des albums qu’on achète une fois arrivés à la moitié du premier titre seulement. Par pur plaisir spontané. Les cent disques disponibles sur Bandcamp sont partis en quelques jours seulement, laissant la communauté metal en émoi devant une pareille décharge. Pour un groupe apparemment pas encore signé (on parle d’un deal avec Draigfflam Productions), Dumal fait fort.

Elle n’a beau avoir sorti que deux courts EP’s et un split album, la formation américaine fait preuve d’une maturité assez folle tout au long des huit titres de ce premier album. Dumal répond à tous les codes du black metal nordique, à tous ces marqueurs historiques mille et une fois ressassés depuis trente ans. Et pourtant, The Lesser God résonne dès le premier riff comme un produit qui assumera son passé avec force mais sans attendre que cet héritage fasse tout le travail à sa place. Car, autant le dire tout de suite, il y a beaucoup de Darkthrone et de Bathory dans ce premier album, beaucoup d’influences punk frigorifiques, beaucoup de riffs qui coupent comme des lames de rasoir et beaucoup de chant à la limite de la corde.

Mais si beaucoup de groupes se contentent de singer les codes de deux formations cultes évoquées plus haut, Dumal n’a pas oublié leur qualité première : jouer du vrai gros rock'n'roll, avec des riffs à s’envoyer le front sur le genou. Parce que finalement, le genre a beau être pollué par des centaines de formations plus semblables les unes que les autres, le cœur de cette musique servira toujours de curseur pour différencier les grands disques des choses plus insignifiantes.

Mais limiter The Lesser God a une relecture fainéante de la deuxième vague black metal norvégienne serait malvenu de notre part. On y trouve tout un véritable travail sur la ligne mélodique, qui refuse de tomber dans la mode actuelle du tout atmosphérique pour cantonner son univers à du riffing épique et lyrique, sans jamais oublier la tension et l’agressivité. La production a également quitté les cavernes pour se gonfler et se réchauffer, sans jamais surenchérir. On pense souvent au dernier album de Mgla et cela suffit à en faire un compliment.

L’album tente aussi par moments de s’approprier le pagan folk pour mieux immerger le tout dans un univers de légende et, si cette tentative reste encore perfectible, on identifie tout de suite l’ambition de Dumal : sortir un très grand disque de metal, le classique qui les fera passer de leur statut actuel de Petit Poucet à celui de groupe unanimement respecté. Et comme il faut bien commencer quelque part, notre admiration leur est d’ores et déjà acquise.