The Laughing Stalk

Wovenhand

Glitterhouse  |  2012
5 / 10
par Michael  |  le 1 octobre 2012

Il en va parfois de certains artistes comme du phénomène d’assèchement de la mer d’Aral. Autrefois un des lacs les plus importants de la surface terrestre, petit à petit, le niveau de l’eau baisse, inexorablement, pour ne plus devenir qu’une grande étendue désertique, et ce qui était auparavant étendues peuplées de poissons et de bateaux devient un cimetière marin qui n’est que l’ombre de ce qu’il fut. Pour nous, et en particulier votre serviteur, dans le cas de David Eugene Edwards, il en résulte un grand sentiment de tristesse.

Notre première rencontre avec le beau blond ténébreux et mystique on s’en souvient encore, car elle fut frontale. En live sur le petit écran de la télévision couleur du salon, sur le plateau de Nulle Part Ailleurs (oui je sais ça ne nous rajeunit pas) pour une version possédée de « Haw ». La claque. La grande claque. Et surtout la porte d’entrée qu’on ne lui remerciera jamais assez de nous avoir ouverte. Celle qui donnait sur le Gun Club, les Cramps et même  Creedence Clearwater Revival. Car 16 Horsepower était un groupe qui sortait de nulle part et semblable à nul autre. Enfin bien sûr reminiscent de nombreux influences, et notamment celles suscitées ainsi que diverses musiques traditionnelles nord-américaines, mais en y ajoutant un son, une tension et un souffle inédit.

Après un parcours sans faute, Edwards prit avec Wovenhand un chemin différent, plus intimiste, plus proche des musiques folkloriques, plus proche aussi sans doute de ses aspirations spirituelles. Il en résulta un premier album sublime et deux autres plus sombres, plus difficiles d’accès mais tout aussi beaux. Pourtant, depuis Ten Stones, la magie n’opère plus. Alors bien sûr il y a toujours cette voix, incroyable, cette foi qu’on sent inaliénable, cet engagement scénique entier et sans retenue, mais on peine désormais à trouver ce qui nous plaisait et nous fascinait autrefois dans cette musique. 

Car les mélodies semblent désormais forcées, et malgré plusieurs écoutes, on est malheureusement bien incapables de faire ressortir des morceaux capables de nous emporter. Il en va de même pour The Laughing Stalk. Et la production de Alexander Hacke de Eisntürzende Neubauten que Edwards connaît depuis longtemps et duquel il a dû se rapprocher avec sa participation à la reformation de Crime And The City Solution n’arrange pas vraiment les choses. Le parti pris de ressortir les guitares et de donner une dimension plus fidèle aux concerts du groupe ne fonctionne pas vraiment car l’ensemble semble noyé dans un mix et des choix de production qui aplatissent plus qu’ils ne font ressortir l’énergie de cette nouvelle formation. Car le vieux compagnon de route Pascal Humbert a décidé lui aussi de changer de route en retournant à Bordeaux, prêter main forte à son père dans le vignoble familial et travailler a priori avec Bertrant Cantat sur un possible premier album solo. Gregory Garcia Jr. et Chuck French ont donc rejoint le groupe avec toujours l’excellent Ordy Garrison à la batterie dans l’idée de donner une dimension plus agressive aux chansons d’Edwards.

Au final on se dit dommage, car on sait que comme Ten Stones et The Threshinglfloor qui continuent à prendre la poussière, quand on cherchera à retrouver ce vieux frisson ressenti en 1997, on ressortira plutôt Woven Hand, Sackloth ‘n’ Ashes ou Secret South des étagères.