The Interview

Funky DL

BBE  |  2009
7 / 10
par Jeff  |  le 20 novembre 2009

Les Top 5 ont la cote sur Facebook. Je l'avoue, j'ai comme beaucoup d’autres rapidement cédé à cette mode débile, mais quand même plus intéressante que celle qui consiste à répondre à des questionnaires en pagaille censés prédire mon avenir ou cerner ma personnalité. Mais je ne me suis pas limité à répondre aux quizz élaborés par d'autres. J'en ai également élaboré de mon cru, essayant de solliciter les méninges de mes potes sur des sujets un peu moins futiles que leurs marques de fringues préférées ou les meufs les plus bandantes de la toile. L'un deux était notamment intitulé "Les 5 pires trucs arrivés au hip hop". Dans mon impitoyable classement, outre l'autotune, le bling et Vanilla Ice, j'y faisais part de la haine viscérale que je porte aux skits et autres interludes, ces courtes vignettes dont je peine à cerner l’utilité et qui polluent de trop nombreux albums de hip hop. Avec pas moins de onze interludes sur son nouvel album, Funky DL ne partait clairement pas avec les faveurs de mes pronostics. Mais voilà, l'année 2009 ayant été particulièrement pauvre en sorties hip hop dignes de ce nom, exception faite du magistral album de Raekwon ou de l’honnête dernier Jay Z, le b-boy qui sommeille en moi n'a pu résister à insérer dans le lecteur The Interview.

The Interview, comme son nom l’indique finalement bien, est un album dont le fil rouge est un entretien fictif donné par Funky DL à la radio Wash FM. Chaque morceau est ainsi précédé d’un petit interlude mettant en scène une question assez bateau permettant à Funky DL d’introduire le sujet par quelques déclarations qui finalement, et on en revient alors à mon argument de base, n’apporte que peu d’eau au moulin du MC britannique. Pourtant, et c’est bien là le plus dommage, derrière ces onze éclairs de banalité se cache un album extrêmement agréable. Funky DL, malgré ses origines anglaises, ne fait pas partie de ces artistes qui, tels Mike Skinner, Dizzee Rascal (avant de se ridiculiser en roi des dancefloors), T.I. ou Speech Debelle, ont donné au hip hop britannique ses lettres de noblesse.

Funky DL est plutôt du genre à rêver d’Amérique, à avoir des étoiles plein les yeux et des idées plein la tête dès qu’on lui parle de cet âge d’or du hip hop qu’étaient les années 90 et de la folie créatrice qui s’est emparée à cette époque de la Big Apple. Une seule écoute de The Interview suffit pour comprendre que s’il devait élaborer le top 5 de ses albums de chevets, Funky DL citerait plus que probablement le Illmatic de Nas, le Black on Both Sides de Mos Def, le Low End Theory de A Tribe Called Quest, le Daily Operation de Gang Starr et le De La Soul Is Dead de De La Soul. Rien de bien original certes, mais que de l’éléphantesque et de l’indétrônable. Alors forcément, ne serait-ce que venir titiller ces mythiques producteurs et rappeurs constituerait déjà un bel exploit dans le chef d’un Funky DL qui se consacre à cette tâche avec beaucoup d’application et, fort heureusement, une bonne dose de talent. Certes, impossible à l'écoute de The Interview de ne pas se remémorer les passages les plus ahurissants des albums susmentionnées, mais difficile également de ne pas déceler chez l’Anglais une capacité à venir titiller les Américains sur leurs propres terrains de jeux - il faut dire qu’à bientôt 30 ans et avec dans son escarcelle la bagatelle de 18 albums, notre ami Funky a eu le temps de fourbir ses armes pour arriver à maturité.

Avec The Interview, Funky DL n'a pas voulu réinventer la roue, mais plutôt ressusciter le temps d’un album une époque bénie où on ne jurait que par le "Peace, Love, Unity & Having Fun" et où la popularité ne se comptait pas en chaînes en or, en Maserati et en palaces dans les quartiers huppés des grandes villes américaines. Et soyons honnêtes: même si cet album ne marquera pas l’histoire du genre, il remplit sa mission avec une honnêteté qui fait plaisir à entendre.