The Greatest

Cat Power

Matador  |  2006
8 / 10
par Jeff  |  le 10 février 2006

Insaisissable Cat Power. Non contente d'avoir exploré autant d'horizons qu'elle n'a sorti d'albums en onze ans de carrière, non contente de nous avoir émerveillé il y a trois ans déjà avec un splendide crève-cœur minimaliste (You Are Free), voici que la naïade la plus imprévisible de la scène indé américaine nous revient avec un album aux forts relents d'hommage : hommage tout d'abord à Mohammed Ali (alias "The Greatest") et à la boxe en tant que métaphore de la vie et d'une éducation à la dure dans l'impitoyable Sud américain sur une pochette rose qui ne laisse en rien présager de son contenu. Hommage ensuite à ces musiciens noirs, compagnons d'Al Green ou de Booker T., qui l'ont toujours fascinée et qu'elle a pu côtoyer dans les confins d'un studio de Memphis pour y accoucher de ce septième joyau.

Car ce folk rugueux gorgé d'une soul généreuse, mélange exquis d'intimisme feint et de sensualité brûlante, s'il a de quoi désarçonner, a surtout toutes les qualités nécessaires pour faire de lui l'un des plus émouvants mélanges de ce début d'année. Lorsque la voix fatiguée et triste de Chan Marshall vient se poser sur ce piano et ces cuivres rondouillards, c'est l'énergie du désespoir que ces talentueux musiciens semblent extirper d'une âme instable et meurtrie par on ne sait quoi, par on ne sait qui. Véritable jeu d'équilibriste émotionnel, The Greatest donne l'impression de se laisser dompter au fil des écoutes. Mais c'est pour mieux s'approprier nos sentiments et faire ressortir tout ce que notre cœur pourrait ressentir de plus contradictoire.

Soyeux et délicat, ce grand écart mélodique qu'est The Greatest ne doit toutefois pas cacher une noirceur et un désabusement parfois inquiétants, comme le montrent "Empty Shell" ou "Hate". Car cachés derrière de bienveillantes mélodies, les démons qui hantent Chan Marshall n'ont jamais été aussi présents. Pourtant, c'est de cette fragilité et de cette instabilité que naîtront à l'avenir des perles de cet acabit.

Le goût des autres :

note : 77/10Fabien note : 88/10Nicolas note : 88/10Laurent_old note : 88/10Laurent