The Great Destroyer

Gadget

Relapse Records  |  2016
8 / 10
par Simon  |  le 7 juin 2016

Si on n’est pas le webzine qui chronique le plus de grindcore sur la toile (malgré un amour véritable pour le genre), on se retrouve toujours avec l’une ou l’autre pépite dans la sacoche au moment de faire le bilan (avec les Neg’Marrons, comme d’habitude) de fin d’année. On a eu droit au Abandon All Life de Nails en 2013, à la collaboration entre Full of Hell et Merzbow en 2014 (mention d’honneur au come-back brillant de Napalm Death) et au Suicide Euphoria de Pissgrave en 2015. Il se pourrait bien que notre gagnant de l’année soit le disque qu’on tient présentement en main.

Ce disque est tout d’abord précieux car les Suédois de Gadget se font rares, beaucoup trop rares à en juger par la pertinence de leurs interventions : troisième disque sur la maison Relapse Records en treize ans d’existence, The Great Destroyer est une pièce forcément précieuse et attendue. Mais le groupe a beau être discret, ses décharges n’en sont pas moins suivies par toutes la communauté grind, témoin définitif d’une street cred’ inépuisable.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est que le cas Gadget est frustrant. Comment est-ce possible d’attendre dix ans pour se taper une telle qualité, quand on sait que les disques de grindcore sont traditionnellement aussi court qu’un rapport sexuel de Jacques Chirac ? 26 minutes, bordel. 17 titres (dont un final de 5 minutes, et deux titres de 2 minutes) pour 26 courtes minutes au final. Si vous n’êtes pas trop cons en maths, ça nous laisse derrière des titres qui oscillent entre 40 secondes et 1 minute 30.

C’est la règle ici, mais on ne pestera pas car ce format rend honneur à la puissance infinie de Gadget, à son groove dans l’ultra-violence et à la propreté de ses arrangements. Si vous êtes des habitués du genre, sachez qu’ici vous ne trouverez rien (ou presque) de guttural, rien de formellement bestial. On ne trouve ni cris de goules en rut ni hurlements de démons de Khorne, vu que Gadget travaille plus dans le sillon punk-hardcore extrêmement punitif et contestataire, clairement dans la veine d’un Napalm Death ou d’un Brutal Truth en bon état de forme. The Great Destroyer c’est la force d'un mélange entre une bonne bagarre rangée entre dockers et une attaque à la jugulaire par derrière.

Et puis la production est absolument parfaite et participe à l’éclosion d’un disque extrêmement équilibré, taillé pour demeurer dans la longévité. Et c’est probablement la qualité première de The Great Destroyer : des inspirations punk et death géniales à la chaleur old-school en passant par cette production absolument léchée, tout est en place pour obtenir un disque absolument inattaquable, un mini-classique immédiat. Il nous rappelle avec force que derrière la violence de la formule, certains disques de grindcore existent aussi par leur groove et leur sens aigu de la composition. Quitte à jouer des morceaux trop courts, autant les remplir à ras-bord de bonnes choses. Croyez-le ou non, on voudrait pouvoir qualifier The Great Destroyer de disque estival tant il donne envie d’ouvrir les fenêtres et de boire des bières au soleil. Un grower discret destiné à briller dans sa simplicité et son intelligence, en espérant qu’on n’ait pas à attendre à nouveau dix ans pour s’en envoyer une nouvelle tranche.