The Drawing Board

Art Department

Crosstown Rebels  |  2011
8 / 10
par Serge  |  le 16 juin 2011

Ils sont marrants, chez Pitchfork. Pour parler de "ICU", l'un des 11 morceaux de The Drawing Board de Art Department, disque déjà grave palmé par l'Internationale Hipster, ils ont statué que c'était « comme une version deep-house de There is a Light That Never Goes Out des Smiths ». Et tout l'article est du même acabit, allant même jusqu'à citer Scott Walker et insistant surtout sur le spleen qui se dégage de ce premier album du duo de Toronto, pour la cause accompagné de quelques stars du secteur (Seth Troxler, Osunlade...). Désolé, les poppeux, vous n'avez pas entièrement tort mais The Drawing Board, c'est plutôt la quintessence de la house à l'ancienne. Celle des années 80, à la lisière de la new-wave européenne, du funk gay américain et puis, surtout, fabriquée dans l'idée principale de décupler les effets des drogues de synthèse ingurgitées dès que jouée sur un soundsystem un tant soi peu correct. Basslines basiques et obsédantes, lyrics partagés entre slogans et mantras, rythme lent mais soutenu, taillé pour rendre dingo sur la longueur... Frankie Knuckles 1984-Art Department 2011 : la généalogie est d'une crasse évidence.

Il n'y a pas plus camée comme approche musicale: c'est le beat perché dans toute sa splendeur, des tracks salaces chantés de traviolle et principalement destinés aux afters, de préférence celles qui ne commencent qu'à 11 heures du matin, où ne restent que les grosses blondes à couettes de 35 ans avec des sacs à dos Hello Kitty, les alchimistes habitués à transformer le plomb en énergie pure et tous les autres dégénérés de la night... C'est la musique que l'on entend quand l'air se fait liquide, le t-shirt collant, que la condensation fait couler le plafond. Celle de l'heure où tout le monde se touche, hurle, se déboîte la mâchoire à chaque tentative de dialogue, où tout un chacun sue et pue. Ni poppy et encore moins mainstream, c'est le genre de freak house qui passe pour du funk plat et répétitif aux oreilles des non-initiés et de ceux qui préfèrent garder le cerveau relativement propre sur le dancefloor. Un produit dérivé de l'hédonisme extrême, en définitive. Bref, un disque que l'on devrait décréter obligatoire à chaque prétendu DJ. Un condensé de bonheur pour tout nightclubbeur véritable mais une énigme vouée à rester indéchiffrable aux oreilles de n'importe qui d'autre.

Le goût des autres :