The Devil In

Devlin

Devlin Music  |  2017
7 / 10
par Jeff  |  le 23 février 2017

Il y a quelques semaines, Wiley frappait un grand coup avec Godfather, ultime album d’une des figures les plus importantes de la scène grime. Un album sur lequel on croisait à peu près toutes les tontons - Giggs, Flowdan, JME et bien sûr Skepta. Un album qui, par contre, ne laissait pas vraiment de place à la plus jeune génération, à l’exception notable de Devlin, présent sur l’incandescent « Bring Them All/ Holy Grime ». Aujourd’hui, c’est justement du natif de Dagenham dont il est question, lui qui sort le troisième long format d’une carrière entamée en 2010.

À 27 ans, James Devlin occupe une place un peu bizarre dans le grime jeu. MC au flow exceptionnel, il a rapidement été repéré par la major Island qui a sorti ses deux premiers albums – pas spécialement mémorables, autant vous prévenir tout de suite. Obligations contractuelles obligent, on l’a aussi régulièrement croisé aux côtés d’artistes qui nous en touchent une sans remuer l’autre, comme Labrinth, Jessie J ou Ed fucking Sheeran.

Aujourd’hui, c’est assez étonnamment un artiste autrement plus libre et intéressant que l’on découvre avec The Devil In Me, un album qui, comme son titre l’indique, prend des airs de thérapie et de rédemption. En même temps, pour voir disparaître l’inutile vernis qui enrobait ses anciennes compositions, Devlin a dû traverser une sale période, faite de doutes, d’errances, de souffrances – « Wanna know where I've been? Me too. It's a blur of booze and birds / Wake up with a hand all bruised and I ain't got a clue what occurred » précise-t-il d’emblée sur la plage-titre, histoire de planter le décor.

À l'exception notable du certified banger "50 Grand" avec l'inévitable Skepta (un titre sorti en 2015) et de l'une ou l'autre chronique de l'Angleterre moderne évoquant les débuts de The Streets ou Plan B, le reste du disque est globalement à l'avenant. Sur des productions sombres et souvent minimalistes (toutes signées Term & Ratchet, des mecs qui gagnent clairement à être connus), Devlin met de l'ordre dans sa tête et dans ses idées, et sort du trou à coup de regards dans le miroir. Un tel talent derrière le micro combiné à une ambiance qui suinte la sincérité par tous les pores, cela donne un disque qui ne peut s'écouter d'une oreille distraite - en même temps, le magnétisme de Devlin vous empêche souvent de faire autre chose que de boire ses paroles.

Si l'on voulait le comparer à un autre blanc qui a marqué l'histoire du rap, on dirait de Devlin qui nous a claqué une "Eminem inversée". En effet, là où Slim Shady a lentement mais sûrement sombré dans l'insignifiance après des débuts qui méritent le qualificatif de légendaires, Devlin semble avoir pris conscience de la vacuité de ses premiers efforts et compris que ses nombreuses qualités pouvaient être utilisées de façon plus sincère, directe et intelligente. C'est juste dommage pour lui qu'il ait fallu passer par un gros coup de moins bien pour en arriver là. Un peu moins pour nous, du coup.