The Boxer

Kele

Polydor  |  2038
5 / 10
par Gwen  |  le 29 juillet 2010

Bloc Party avait pourtant bien engagé la course. Malheureusement, enivrée par son succès, épuisée par l’effort, la bête a mal évalué la courbe. Dernière sortie en date, Intimacy s’apparente ainsi à la perte d’équilibre d’un étalon plein de promesses, éjectant son batteur sur le bas-côté de la piste. Certains, lassés d’y avoir engouffré leur économies, se sentent le courage d’abattre l’animal malgré son oeil humide et ses réflexes encore alertes. Les autres misent tous leurs espoirs dans l’année (les années?) sabbatique(s) que le groupe a décidé de s’accorder. Mais en attendant que les blessures cicatrisent, Kele Okereke n’a pas l’intention de reposer son organe. Probablement attisé par sa collaboration avec les Chemical Brothers sur le musclé "Believe", la tête chantante du bloc s’est dit qu’il en profiterait bien pour mettre au point sa propre bombe à dancefloors. 

Kele en a assez de passer pour un snobinard ronchon, pour un névrosé recroquevillé sur sa guitare. Kele empoigne ses petites haltères, débauche XXXchange (le mec qui a fait bouillir le chaudron Spank Rock) et avec l’humilité qui le caractérise, planifie d’envahir tous les clubs de la planète. Après tout, pourquoi pas. Si on part du principe que l’ultime ambition du projet est de se mettre des beats plein la tronche, la mission est convenablement remplie. D’entrée de jeu, les basses militaires de "Walk Tall" proposent de nous remonter l’intestin grêle directement dans le fond de la gorge. Ce n’est pas très subtil mais la désorientation liée aux ravages de notre oreille interne ne permet pas de s’en rendre compte sur le moment. The Boxer. Littéralement.  Excepté un "New Rules" plus paisible et "Unholy Thoughts" (qui aurait tout aussi bien pu aparaître sur un précédent Bloc Party), l’arsenal complet a été calibré pour décoller nos semelles d’un plancher gorgé de bière. Habile. Séduisant.

Mais doit-on tout subir au nom de l’efficacité? Ben, on aimerait mieux pas. On préférerait éviter la production toute de chrome vêtue et les effets techno datés, les mélodies roublardes et la voix trafiquée à outrance. D’autant plus que Kele n’est pas assez mauvais pour qu’il soit autorisé de bastonner ses cordes vocales de cette façon (cfr. l'irritant "On The Lam" où nous avons droit son "alter ego féminin"). Tel le blockbuster de l’été, The Boxer s’écoute sans déplaisir (sauf si vous comptez parmi les esthètes de l’électro cérébrale), provoque quelques sensations fortes et s’évanouit aussitôt la sortie alors qu’on regrette déjà de ne pas avoir choisi de passer notre après-midi au soleil.