The Babe Rainbow

The Babe Rainbow

Flightless Records  |  2017
5 / 10
par Pierre  |  le 21 juillet 2017

C’est avant tout l’histoire d’une mascarade. Celle d’un groupe dont tout laissait penser qu’il serait un jour le fier représentant d’un néo-psychédélisme dont les sphères lysergiques semblent englober bien davantage que la musique. Car The Babe Rainbow, en bons hippies 2.0, peuvent se targuer de véhiculer une image aussi cool que ringarde, vantant çà et là une simplicité et une proximité écologiques à faire pâlir de jalousie Aymeric Caron.

Et le problème se situe très exactement là: si ces tableaux et instants de vie partagés par les Australiens pousseraient un enfoiré de lobbyiste pétrolier à se reconvertir dans la permaculture, ils n’en demeurent pas moins un cache-misère terriblement contradictoire, dont l’unique but marketing est de coller au groupe une étiquette aguicheuse aux yeux d’une génération bercée par l’espoir d’une existence responsable au sein d’une jolie planète pleine de papillons et de licornes. Sauf que quand on te vend un t-shirt à l’effigie du groupe 45 balles, lequel est très probablement fabriqué par un gamin payé au lance-pierre et dont l’usine gerbe plus de CO2 qu'un Q7, il est légitime de remettre en question la crédibilité et de la cohérence de la démarche.

Parce que c’est justement cette même démarche illusoire et étendue au premier album du groupe qui est la raison première du sentiment un poil véhément qui nous anime : gagnés par le syndrome Allah-Las, les Australiens semblent avoir fait de leur image leur principal atout, reléguant l’aspect musical au second plan. Car après de nombreuses écoutes, on ne peut ignorer que la substance même d’une bonne partie de ce premier album éponyme est franchement insipide, et ce malgré un talent qu’on ne saurait obscurcir par notre papier.

Du coup, si certains titres sont tout à fait excellents et dignes de ce à quoi le groupe nous avait habitué à ses débuts, toute une moitié de l’album se trouve minée par une abyssale vacuité dont rien ne subsiste une fois le disque rangé sur l’étagère. Ces canards boiteux (du disco-funk foireux de "Monky Disco" à la coquille vide "Superstition Shadow Walk") se trouvent pris en tenaille par d’autres titres de très bonne facture qui laissent donc à l’auditeur peu attentif une sensation finale plutôt rassasiante. Car The Babe Rainbow est largement capable du meilleur, et ainsi de terminer ce marathon du néant que constitue la moitié de l’album par un "Blue Hour" franchement addictif, et point de départ d’un enchainement final dont strictement rien n’est à jeter. Délicieusement rétro, ces belles mélodies qu’on écoute avec plaisir ne parviennent cependant pas à faire oublier l’ennui nous ayant gagné quelques minutes auparavant. 

Voilà donc le réel problème de The Babe Rainbow, formation finalement assez symptomatique des travers du regain de popularité de la musique psychédélique, qui semble davantage miser sur l’a priori que sur ses capacités au point de se perdre en route et de privilégier l'identité visuelle et non l'identité musicale. Espérons cependant qu’une prise de conscience pousse un jour les Australiens à concilier fond et forme, histoire qu'ils sortent enfin la tête du déni de leurs propres contradictions. Pour l’heure, trop insipides pour être vénérés, et trop talentueux pour être méprisés, The Babe Rainbow est à la frontière d’exister.