Tant qu'on est là

Hugo TSR

URBAN [PIAS]  |  2017
7 / 10
par Jeff  |  le 17 octobre 2017

Nous sommes en octobre 2017, et Hugo TSR sort des disques dont la presse semble se foutre royalement. Nous sommes en octobre 2017, et Hugo TSR sort des disques qui n’auraient froissé les sensibilités de personne en 2007, voire même en 1997. 

En même temps, ça se tient: le TSR Crew dont il est le membre le plus visible (et le plus talentueux) traîne sur les radars depuis une petite vingtaine d’années déjà, « jamais dans la tendance, toujours dans la bonne direction ». Et quand on sait à quoi ressemblait le rap français à la fin des années 90, on se fait vite une idée de l’esthétique sans jamais avoir écouté l’un des ses disques. Mais vous pouvez commencer par Fenêtre sur rue, si jamais. En d’autres termes, si vous aimez le boom bap nerveux à la Mobb Deep, le rap ancré dans le réel façon Scred Connexion (ils sont aussi du 18ème), les samples vocaux pitchés et le gars « qui kickent lourd », foncez. 

Tous ceux qui suivent la carrière du groupe et de ses membres depuis les débuts vous le diront : cette volonté de se positionner dans un rap un peu daté n’empêche pas d’aimer d’amour le TSR Crew ou Hugo TSR, notamment parce que leur pouvoir d’attraction se situe ailleurs. En effet, quand le rap actuel capitalise à plein pot sur une esthétique Instagram un peu bidon, Hugo TSR mise sur une énergie brute et une rage au ventre de tous les instants qui rendent son art tout bonnement magnétique. En effet, depuis qu’il a compris qu’il avait plein d’idées noires à cracher dans un micro et qu’il y avait plein de gens qui se reconnaissaient dans les tristes réalités qu’il décrivait, le Parisien ne s’arrête plus. Alors c’est vrai, à l’inverse de l’immense majorité de ses coreligionnaires, le MC encapuché se fait plutôt rare, mais quand il commence à « craquer des allumettes au milieu de la raffinerie », il est difficile de l’arrêter. Et Tant qu’on est là en est l’éclatante preuve.

Difficile d'extirper un single de ce monolithe noir de 38 minutes (même si "Exercice" ou "Pauvre Roi" mériteraient le même sort que "Là-Haut"), dans lequel Hugo TSR dit tout ce qu'il a à dire avec des mots simples, et ne sombre jamais dans la bravade bidon ou le discours ex cathedra lénifiant. Non, son truc à lui, c'est parler aux frères « qui se chauffent à la lumière des lampadaires », être en prise directe avec cette jeunesse désœuvrée et en perte de repères, oppressée par le quotidien certes, mais qui ne baisse jamais les bras. Et c’est peut-être cette lueur d’espoir qui constitue l’autre force de sa musique: dans un rap jeu qui glorifie la figure du winner, il est bon d’entendre les soldats du réel prendre les armes, à défaut de prendre le pouvoir.