Sval

Pjusk

12k  |  2010
8 / 10
par Simon  |  le 18 juin 2010

Rune Sagevik et Jostein Dahl nous viennent de la West Coast norvégienne, les lowriders ont été remplacés par des brise-glaces et les biatch par des ours polaires. Ensemble, ils forment Pjusk, formation hautement respectable dans le petit monde des nappes ambient. Alors ce deuxième album a été conçu dans l'isolement : une cabane au sommet d'une montagne enneigée, un feu de bois luttant contre les engelures. On pourrait à partir de là vous écrire des dizaines de lignes partant de cet état de fait : vous parler longuement du caractère arctique de ce disque, vous ramener des arguments en forme de paysages montagnards, de fjords accidentés et d'air pur environnant. Ce serait manquer de grâce, donc considérez cette peinture un peu cliché comme désormais acquise car tout ceci est bien évidemment vrai.

Non, notre envie de vous séduire – tout autant que Sval nous a séduit - passera par notre insistance sur les côtés IDM et légèrement techno de cette oeuvre admirable. Quelle que soit votre vision de ces deux genres suscités, il faudra la réduire ici à une expression microscopique et détaillée : les pulsations sont des petits cadres à géométrie variable créés pour mettre en avant le travail sur les ambiances, ne délivrant que les rythmiques nécessaires à l'émulation des sens (infrabasses, electronica signalétique). A la manière d'un Biosphere, Pjusk mène sa barque en ne refusant aucun clavier IDM, aucune possibilité de mettre son ambient aux couleurs electronica, voire légèrement techno. En bref, on est beaucoup plus proche d'un Monolake ou d'un Scuba que d'un Christian Fennesz. D'ailleurs ce nouveau disque de Pjusk aurait pu être une oeuvre de dub-techno ou d'ambiant-dub si l'heure n'était pas tant à la méditation et à l'écoute de soi. Sval serait donc à la croisée des chemins tout en réussissant le pari d'une œuvre singulière et addictive? Tout à fait madame et il semble même que le retentissement de ces douze titres puissent en faire l'une des références de cette année en cours.

Plus sérieusement, on vous met au défi de ne pas craquer complètement après une écoute (celui qui résiste au charme de « Dis » remporte ma maison) : ici tout est simple et il ne faut en aucun cas être un spécialiste fini de l'ambient pour se laisser embarquer par cette heure de grâce et de pureté. Pjusk joue en effet sur l'émotion pure et dure, sur les montées fragiles et les poils qui se hérissent. Avec tout ce qui a été dit plus haut, on aurait bien été étonné du contraire. Un dernier conseil : ne passez pas à côté de ceci.