Suga

Megan Thee Stallion

1501 Certified Entertainment  |  2020
6 / 10
par Ludo  |  le 17 mars 2020

Pour une sombre histoire de contrat non lu, Megan Thee Stallion se voit contrainte de sortir à la hâte une partie d’un album qui s’annonçait pourtant comme son premier blockbuster. Propulsée par ses excellentes mixtapes Tina Snow et Fever, la nouvelle tête de gondole du rap féminin devait confirmer cette année tout le bien qu’on pensait d’elle. Comble de malchance, l’album est sorti le même jour que le très attendu Eternal Atake de Lil Uzi Vert. Sur les réseaux sociaux, la hype autour de Baby Pluto est tellement grande que les rares tweets à propos de Megan Pete concernent ses embrouilles avec Carl Crawford (le patron de son label) et même Jay Prince (ce qui prouve que quand même, là ça devient sérieux).

Mais passons ces considérations tabloïdesques pour se concentrer sur ces 9 nouveaux morceaux. Facilement reconnaissable pour sa redondance dans les thématiques abordées (Megan kiffe la chaleur humaine) et sa hargne de performeuse-kickeuse qui découpe la production tel un Deadpool privé de chimichangas, Megan Thee Stallion s’est forgée avec sa mixtape Fever une vraie crédibilité de freestyleuse très carrée dans ses prestations. Avec un projet qui prenait à la gorge son auditeur tout en lui donnant une envie constante de secouer la tête, ou de twerker (voire les deux en même temps, mais alors là respect parce que ça n’a pas l’air évident) Fever était une mixtape maîtrisée mais trop référencée Dirty South pour plaire aux non-initiés.

Annoncé comme plus intimiste car davantage consacré à son nouvel alter-ego Suga, l’album commence sur les chapeaux de roue avec un « Ain’t Equal » qui lui permet de régler ses comptes avec les vampires de l’industrie (tiens, ça nous rappelle son court-métrage sorti à Halloween). Avec une aisance déconcertante, Megan Thee Stallion enchaîne les bangers catchy et ultra-efficaces avec la girl power qu’on lui connaît (« Savage », l’instagrammable « Captain Hook », « B.I.TC.H. »»). Comme prévu, elle mettra ensuite de côté ses alter-egos Tina Snow et Hot Girl vers la moitié de l’album. Les trois morceaux qui le termineront l’album permettront alors à une Suga plus sensible et introvertie de s’exprimer. Déjà amorcées avec le très G-funk « Hit My Phone » en duo avec l'ultra-douce Kehlani, les ballades s’écouleront sur les morceaux « Stop Playing » (où la science du featuring de Megan s’illustre à travers son alchimie avec le rap amphibien de Gunna), mais aussi « Crying In The Car » et « What I Need ». Pour ses débuts dans un R’n’B lascif et intimiste, la donzelle s’en tire pas trop mal, même si elle y est évidemment beaucoup moins percutante et pertinente que lorsqu’elle rappe dans sa zone de confort.

Alors évidemment, au bout des 24 minutes, ça goûte le trop peu. Anomalie accidentelle dans la carrière de Megan, cet album nous montre pourtant que la rappeuse de Houston a toutes les cartes en main pour devenir une machine de guerre prête à exploser tous les records lors de ses prochaines sorties : textes, flow, style, charisme, franc-parler et maintenant chant, toutes les qualités sont réunies pour faire d’elle la nouvelle égérie du rap féminin. Espérons que Megan règle au plus vite ses problèmes de paperasses, et au plaisir de la retrouver sur le blockbuster multi-platine qu’elle mérite tant.

Le goût des autres :