Stray Age

Daniel Martin Moore

Sub Pop  |  2008
7 / 10
par Splinter  |  le 9 février 2009

Parfois, quand le cerveau est pris d'une réflexionite aiguë, on en vient à se poser des questions absolument existentielles comme "Que serait devenu Queen sans la mort de Freddie Mercury ?", "Pourquoi est-ce que U2 n'arrête pas de sortir des disques plus insipides les uns que les autres ?" ou encore "Qu'est-ce qu'on mange ce soir ?". Et c'est lors d'une de ces crises assez récurrentes chez moi que j'en suis venu subitement à me demander qui était, aujourd'hui, le digne successeur de Nick Drake. Je vous l'accorde, cette interrogation n'a strictement aucun rapport avec les précédentes. Mais elle reste pertinente, pour ne pas dire parfaitement existentielle.

Car des petits malins à la guitare sèche, qui nous pondent des morceaux tristes à pleurer, on en a connu un certain nombre depuis quelques années – et l'on songe en particulier aux deux Josh (Ritter et Rouse), Fionn Regan ou encore Damien Rice. Malheureusement pour ce dernier, peut-être le mieux placé pour remporter le titre après son magnifique O, son lyrisme exacerbé, qui flirte régulièrement avec une certaine emphase un peu trop marquée, outre sa rupture artistique avec Lisa Hannigan qui pourrait lui causer du tort, le disqualifient irrémédiablement. La place est libre, donc. Et voici que débarque Daniel Martin Moore.

Agé de seulement 26 ans, l'Américain, originaire du Kentucky, a déboulé il y a quelques semaines sur ma platine, sans crier gare, avec son premier album, intitulé Stray Age, qui pourrait bien devenir une référence en matière de folk boisé. Il y a longtemps en effet que l'on n'a pas entendu une œuvre aussi délicate, aussi inspirée, aussi mélodieuse – depuis José Gonzales, en fait. Comme le Suédois, Moore parvient à distiller une musique touchante et insidieusement chaleureuse en seulement quelques accords de guitare. Véritable magicien et mélodiste remarquable, Moore a été signé sur Sub Pop et on comprend rapidement pourquoi à l'écoute de ce premier album qui réussit un véritable sans faute dans un domaine déjà largement ratissé.

La comparaison avec Nick Drake est particulièrement judicieuse sur des titres comme "That'll Be the Plan" ou "The Old Measure", où la voix feutrée du Kentucky Boy se marie à merveille à ces arpèges de guitare. Evidemment tout à fait classique et sans aucune prise de risque, Stray Age n'en reste pas moins un disque tout à fait recommandable, qui pourrait d'ailleurs tout à fait être cité dans notre classement des plus beaux disques à écouter à deux sous la couette. Rien que pour cela, une écoute s'impose.

Le goût des autres :