Strange Journey Volume 1 & 2

CunninLynguists

APOS Music  |  2009
8 / 10
par Julien  |  le 27 janvier 2010

Le hip-hop est – dit-on – en train de mourir depuis 1995-1996. La théorie du déclin est unanime, le début des 90's sacré : le hip-hop choit et n'est pas prêt d'être réhabilité – nous ne pouvons quand même pas dire le contraire. Oui mais tout de même, quinze années de supposée chute et il fait toujours partie de la doxa,  il est toujours aussi important dans les charts et aussi prépondérant dans les esprits. Il y a des raisons à cela et elles ne sont pas que commerciales. Le hip-hop a le corps solide, grâce surtout à son étonnante capacité à maintenir l'intérêt de son public. Pas le relancer, non, juste le maintenir de manière à pleurer le passé sans tout à fait se désintéresser du présent. On repère deux modalités particulières pour ne pas lâcher ce public, deux tentatives de panser cette blessure dite incurable et dont personne ne sait dire grand-chose. Il y a la solution progressiste pour donner l'illusion d'un avenir – Kanye West, Lil' Wayne, OutKast – et la tentation traditionaliste de faire comme si rien ne changeait. Dans un cas comme dans l'autre, la mission n'est ni vraiment réussie, ni complètement ratée. C'est dans cet entre-deux que le hip-hop survit, dans un soin palliatif qui devient tout à fait chronique et équilibré.

Derrière sa relative banalité, CunninLynguists est un vrai groupe d'aujourd'hui, pas plus moderne que rétro, pas vraiment ambitieux mais avec ce qu'il faut d'audace pour ne pas se faire oublier. Voilà une position médiane qui pourrait s'avérer tiède mais qui, au regard de ce nivellement général du genre, force le respect et même l'admiration. Combien de groupes, aujourd'hui, ne misent ni sur la nostalgie d'un temps révolu, ni sur la prétention d'une théorie du star system ? Les CunninLynguists sont indépendants. Au sens véritablement noble. Pas de copinage trop facile et donc pas de featurings pour remplir le carnet d'adresses, pas de producteurs qui se partagent les instrus pour aguicher tous les types d'auditeurs. Non, les CunninLynguists, c'est un son (celui de Dj Kno), une authenticité et une crédibilité imprenables. Ce sont des textes fins, variés et une musicalité supérieure. C'est un peu toujours la même chose mais à chaque fois en mieux, à chaque fois en plus rafraîchissant.

Cette année, Deacon The Villain, Natti et Kno auront sorti deux albums, Strange Journey Volume One & Volume Two. Deux tomes d'un même projet sortis sur leur label perso à un semestre d'écart. Deux faces qui taquinent les même superlatifs : beau, entraînant et léger. Si les CunninLynguists suivent à la lettre la doctrine old school, c'est pour mieux en jouer et créer leur propre sillon, ludique et aérien, mélancolique – sans gravité – et même folklorique. Avec en tout 32 titres dans l'année, ils ne  nous lassent pas, au contraire. On en ressort encore plus clair sur l'opinion qu'on se construit depuis 2001 et leur premier album: oui les CunninLynguists sont des gens formidables, oui leur hip-hop de bouseux (ils viennent du Kentucky !) compte parmi les plus intègres et riches qu'on trouve aujourd'hui. Avec l'aide par exemple d'Atmosphere, Doom ou Busdriver, on peut se dire que si le hip-hop ne va pas renaître de ses cendres de sitôt, il aura au moins de très belles perfusions – et si possible pas en plaqué or.