Still Brazy

YG

Def Jam Recordings  |  2016
8 / 10
par Aurélien  |  le 6 juillet 2016

C'est indéniable : malgré des performances de MC pas toujours régulières, YG a aujourd'hui une influence considérable au sein de la scène West Coast. Hier encore rookie magnifique chez les XXL Freshmen, le natif de Compton est désormais le chef de file de toute une scène rafraîchissante, mais qui peine à s'offrir une véritable exposition. Rien que sur l'année dernière par exemple, qui est encore capable de se rappeler que RJ ou Dom Kennedy ont sorti des projets solides ? Pourtant, tous ces gens portent les couleurs d'une scène qui envie le ton décomplexé de la hyphy de la Bay Area, sans jamais totalement renoncer à son patrimoine G-Funk. Le résultat ? C'est cette musique bâtarde, à la fois club et gangsta, toujours calibrée pour les strip clubs et dont DJ Mustard s'est fait le représentant le plus influent, notamment en produisant le premier album de YG, My Krazy Life.

Tiens, parlons-en justement du colonel Moutarde : jusqu'alors, l'éminence grise était une figure omniprésente dans la musique de Keenon Jackson. Il a pourtant choisi de déserter les machines et le fauteuil de producteur exécutif de Still Brazy, laissant YG seul  pour cuisiner sa sequel. Malgré l'absence de son BFF Mustard, YG ne cache nullement ses envies de renouer avec le son cliquant et ghetto qui l'a fait connaître deux ans plus tôt. Mais hors de question de taper dans le surplace : Still Brazy sera autrement plus brut et poudreux que son aîné. Finis les déclarations d'amour à maman et les missed call from your bitch, puisque ce second disque s'impose comme le parfait pendant poisseux à My Krazy Life, sublimé par une distribution qui prend plaisir à mettre en avant quelques grosses promesses locales entre deux anthems.

Vous l'aurez donc compris : les performances de Lil Wayne ou de Drake, même si elles sont correctes, n'éclipsent pas les vrais points forts d'un casting qui cherche à offrir la meilleure photographie du rap de la côte ouest. Dans cette optique on s'étonne peu de croiser le flow nasillard de Nipsey Hussle, les charismatiques Jay 305 et Joe Moses, ou l'incroyable Kamaiyah (dont on vous parlait justement il y a quelques semaines) qui assure le refrain de "Why You Hatin'". Ils sont autant de beaux seconds rôles qui permettent au rappeur de renforcer son influence grandissante sur la scène californienne. D'autant que YG n'a aucun mal à asseoir ici son statut de mâle alpha, lui qui aligne quarante-huit minutes de frappes sèches, avec un flow plus affûté que jamais et qui témoigne du beau chemin parcouru depuis ses premières mixtapes.

Finalement débarrassé de cette vaste tentative d'intellectualisation chère à Kendrick Lamar, YG s'offre, sur son deuxième disque, une vraie direction parallèle et un plaisir rare : celui de sortir un disque de gangsta rap sans fioritures qui, recentré sur la célébration du lifestyle californien, les grosses basses qui parlent à la nuque et la haine de la maréchaussée ricaine. Des thèmes certes classiques, mais qui permettent à Still Brazy de condenser sur son disque trente ans de gangsta rap straight outta Bompton, avec un souci de modernité qui ne le dispense pas de quelques belles révérences à N.W.A et DJ Quik. Autant de belles confirmations qui prouvent que, du haut de ses 26 ans seulement, YG vieillit déjà bien. Tellement bien qu'il est même sans doute la tête de gondole la plus fiable et la plus douée de cette nouvelle génération de rappeurs de la West Coast, pourtant pas avare en talents.

Le goût des autres :