Stamina,

Dinos

SPKTAQLR  |  2020
7 / 10
par Yoofat  |  le 17 décembre 2020

C'est officiel : Dinos est devenu un incontournable de l'hiver, à l'instar d'un visionnage de Maman j'ai raté l'avion ou de la réédition de la réédition de la réédition de l'album de Noël de Mariah Carey. Des rappeurs comme Naps choisissent l'été pour sortir des sons plus bourrés que Benoît Poelvoorde dans un after à Cannes, mais pour un rappeur taciturne et solitaire comme Dinos, la saison la plus froide est de mise, permettant ainsi une compréhension, voire une compassion plus grande de sa musique.

La différence fondamentale entre Dinos et des rappeurs "estivaux" est abyssale. L'ADN musical du natif de La Courneuve est quasi intégralement composé du rap brut et kilométrique des années 2000, en France notamment, mais est enrichi par l'aspect "fragile" et sincère des descendants de Kanye West version 808 & Heartbreak, J. Cole et Drake en tête. Ce mélange, relativement bien digéré sur Imany en 2018, avait atteint son firmament l'année dernière à la sortie de Taciturne. Sur ce dernier, Dinos exprimait de manière très simple des maux très complexes, centrant l'intégralité de sa musique sur les mêmes thèmes : l'amour, les relations familiales, la vie de quartier et la religion, et toujours dans les aspects les plus sombres de ces thématiques. Stamina, sa troisième grande œuvre, consolide clairement cette manière de faire, en y ajoutant quelques nuances. 

Stamina n'est  pas un de ces disques qui révolutionne la manière de faire de son auteur. Comme son titre l'indique en partie, il s'inscrit pleinement dans la continuité de l'œuvre de Dinos. Mais il semblerait qu'après avoir fait part de sa tristesse infinie dans Taciturne, le rappeur ait été soigné de quelque chose, et soit parvenu à proposer une musique un poil moins plombant. Qu'on ne se méprenne pas pour autant, on ne passera toujours pas du Dinos en club, mais les multiples collaborations montrent un côté enjoué qu'on a rarement vu auparavant chez lui. Bref, Dinos s'amuse plus que jamais au micro. Cela avait commencé avant la sortie de l'album, puisqu'il avait proposé une grille de mot croisé pour dévoiler le tracklisting à ses followers. Et le jeu ne s'est pas arrêté là, puisque le jour de la sortie de l'album a été dévoilée la liste plutôt reluisante des invités de Jules. Son passe-passe avec Zikxo ou celui avec Nekfeu témoignent de la même jouissance à simplement faire du rap, trouver les meilleures rimes et les meilleurs placements comme un footballeur s'amuserait à tenter des passements de jambes ou des roulettes à la Zizou. Comme à son habitude, Dinos place une tonne de référence rap, du rire iconique de Jeezy au titre de ses morceaux faisant référence à quelques monuments de la culture Hip-Hop ("Maman m'aime" en référence à l'outro du Blueprint de Jay-Z "Momma Loves me", ou "Prends soin de toi" en référence au nom du deuxième album de Drake, Take Care).

Les moments de joie du disque ne sont dus qu'à la musique rap que Dinos aime, semblables à des rayons de soleil salvateurs dans un ciel noir ténébreux, ainsi qu'à une bien belle histoire d'amour contée sur "Madone". Les autres histoires qu'il raconte sont, pour l'immense majorité d'entre elles, froides et inquiétantes; entre dépression, paranoïa et peur de l'attachement. Bien qu'il soit difficile de dire de Dinos qu'il est un excellent lyriciste, la faute à un grand nombre de facilités textuelles, il semble néanmoins impensable de ne pas saluer cette science de la formule, faisant toujours germer nombre de "quotables" à chaque album. Difficile alors de ne pas évoquer le plus grand moment de bravoure de ce disque, "93 mesures". Dinos enchaîne les phases marquantes sur ce morceau et nous rappelle au bon souvenir de l'époque des morceaux-fleuves, sans refrain, avant "la mort du troisième couplet", et démontre à quel point son point de vue, sa formulation et sa sensibilité sont essentiels à l'appréciation du rap en 2020. Le roi de l'hiver, c'est définitivement Dinos.   

Le goût des autres :