Sort\Lave

Richard Devine

Timesig  |  2018
8 / 10
par Côme  |  le 23 novembre 2018

Si l'expression artificial neural network est aujourd’hui sur toutes les lèvres, cuisinée à toutes les sauces dans le sabir tech, la technologie date en réalité des années 70 et a été régulièrement revisitée depuis, notamment dans les années 90 dans la thèse de Jeff Dean avant qu’il devienne le petit génie de Google derrière Tensorflow ou Google Brain, puis passée de mode à chaque limitation de budget ou de technologie.

La composition musicale sur synthé modulaire a connu le même sort, limitée à quelques nerds avant que le monde ne s’en empare à nouveau et branche ses fiches bananes dans tous les festivals de la planète. Le Jeff Dean du secteur ? Permettez-nous de placer une pièce sur Richard Devine. Outre le modulaire, le mec maîtrise n’importe quel logiciel de musique assistée par ordinateur (ou MAO), pourrait reprendre du Autechre comme si c’était du Oasis, et a bossé sur une palanquée de projets absolument incroyables, comme le sound design des Jaguar électriques. Bienvenue dans le futur. Et six ans après un Risp aux allures de démonstration technique, Sort\Lave sort tout droit de son Eurorack pour anéantir la concurrence.

Si l’on peut souvent reprocher aux amateurs du tout modulaire une faiblesse en matière de composition (le système se prête plus à l’improvisation et à l’expérimentation spontanée), Richard Devine évolue loin de la masse des tripoteurs de câbles. Sans non plus se fixer les règles d’airain d’un Yves de Mey à son plus rigoureux, l'Américain maîtrise son sujet et produit de la musique de savant fou sans que tout explose à la figure. Contrairement à un certain Autechre aujourd’hui, le contrôle reste ici bien humain et il n’est pas question de musique auto-générée. Bien plus que dans le délire post-humain du full expé, on se situe ici plus dans la démarche de certaines sorties d’Hymen Records ou d’un Access To Arasaka, à mettre en musique un futur pas si distant, à proposer de la mélodie malgré une capacité à proposer des lignes de crête rythmiques vertigineuses.

Toujours à ramener de la chaleur dans ses structures rythmiques pseudo-aléatoires, à repousser sa logique de composition dans des pièces jamais trop abstraites, Richard Devine arrive sans vraiment réinventer quoi que ce soit à claquer un excellent disque de ce que l’on avait autrefois coutume d’appeler IDM, seul dans sa jungle de diodes lumineuses, à faire de la dance music pour les robots de Boston Dynamics. Il n'y a plus qu’à rêver de moutons électriques maintenant.