Soldout

DJ Paypal

Brainfeeder  |  2015
8 / 10
par Jeff  |  le 30 novembre 2015

On peut tout à fait comprendre que le footwork ne soit pas un genre musical fait pour le commun de mortels : bien que s’appuyant sur un style et une dynamique uniques en leur genre, ce mélange de ghetto-house vicelarde et de hip-hop, souvent joué à des cadences qui effraient les épileptiques, peut fatiguer même les plus accommodantes des oreilles - les miennes y comprises. Et malgré les nombreuses tentatives de visionnaires comme Mike Paradinas (boss de Planet Mu) ou Kode9 (boss d’Hyperdub) d’importer cette musique originaire de Chicago dans nos contrées, cette scène de niche continue de plaire principalement à un public restreint dont les héros sont - pour faire court - le regretté DJ Rashad et tous les membres de la team Teklife. Cette fameuse équipe, DJ Paypal en fait partie depuis longtemps. Mais là où l’esprit de clan à la limite du sectarisme peut parfois jouer de mauvais tours à une bande de types pourtant désireux de partager leur art avec le plus grand nombre, DJ Paypal fait figure d’OVNI dans la constellation footwork de Chiraq. Ainsi, là où la plupart des mecs n’ont pas quitté leur hood natal, lui a pris la poudre d’escampette et s’est installé à Berlin depuis plusieurs années. Ensuite, là où des producteurs comme DJ Spinn, DJ Earl ou Traxman restent fidèles à Teklife Records, l’énigmatique DJ Paypal a fait des infidélités au label monté par Rashad. Après un premier EP sur le label écossais LuckyMe (Hudson Mohawke, Lunice et un paquet d'autres), Paypal sort cette fois l’EP Sold Out sur le très hype Brainfeeder. Et une seule écoute de ce court format suffit à comprendre pourquoi Flying Lotus a voulu attirer sur sa structure le natif de Caroline du Nord. On est ici loin d’une musique rigide, qui rebuterait les frileux et les frigides. C'est même tout le contraire : conservant l'esprit festif propre à la scène, le footwork de DJ Paypal tire à vue, ratisse large, enfonce les portes et s'en bat les steaks des codes en ajoutant des polyrythmies africaines, des claviers wonky ou des élans jazzy à ses compositions. Et à l'arrivée, ce qui aurait pu être un pavé indigeste, frondeur et arrogant se révèle être un disque ludique, plein d'humour à la limite du mongolo (mais jamais foireux) et bourré de contre-pieds jouissifs. Bref, c'est le gros coup de cœur pour un disque qui, dans son approche, nous fait pas mal penser au surprenant EP qu'a livré il y a quelques mois Kane West à Turbo Recordings