Sofarnopolis

Matias Aguayo & the Desdemonas

Crammed Discs  |  2017
7 / 10
par Jeff  |  le 27 octobre 2017

De Matias Aguayo, on dit qu’il est souvent le « trublion de l’électro », genre d’expression qui est au journalisme musicale paresseux ce que George Martin est aux Beatles. Et c’est vrai qu’avec le label Cómeme qu’il a fondé en 2009, mais aussi avec ses références sur Kompakt (l’album Ay Ay Ay et le I Don’t Smoke EP notamment), le producteur d’origine chilienne (mais rapidement implanté en Allemagne) s’est fait le chantre d’une musique électronique minimale et décomplexée certes, mais aussi très gaudriolesque. 

Mais on ne le sait que trop bien : pour totalement légitimer et inscrire ce genre de délire dans la durée, il convient d’être bon. Très bon même. Et c’est peut-être ce qui a manqué à un Matias Aguayo plutôt en retrait ces dernières années, et qui profite de son retour via Crammed Discs pour se caler sur le cahier des charges assez exigeant que fixe souvent celui-ci. Pourtant, si l’on sait que c’est l’ouverture d’esprit qui prévaut au sein du label bruxellois, on a été un peu étonné de retrouver Matias Aguayo sur son catalogue. Mais ça c’était avant d’avoir écouté ce disque, qui est pour la première fois le fruit d’un travail avec un groupe, les Desdemonas, qui doit davantage à This Heat ou Suicide qu’à Michael Mayer ou Rebolledo.

Fini de rire donc, mais pas de s’amuser. Faut pas déconner non plus. Car derrière une musique qui ralentit la cadence par rapport à ses habituelles productions, et derrière un songwriting qui laisse plutôt parler la part d’ombre, on voit poindre la figure du clown triste. Triste, oui. Mais clown quand même. Parce que Matias Aguayo restera toujours Matias Aguayo, cet artiste plus malin que la moyenne mais jamais narquois ou condescendant. Non, Matias Aguayo préfère mettre son inspiration débordante au service d’une musique décomplexée mais exigeante.

Cela donne donc Sofarnopolis, ses incantations post-punk et ses déclarations d’amour à la new wave. Un vrai contre-pied dans son chef, mais qui donne à voir une facette de sa personnalité qui est déjà pleinement assumée alors qu’à 44 ans, il se lance pour la première fois dans le grand bain de l’organique avec une réussite éclatante mais pas insolente. Temporairement sorti d’une musique électronique qui a définitivement intégré les codes d’une juteuse économie du mainstream, Matias Aguayo préfère continuer à nager à contre-courant, et s’en va jeter son poil à gratter là où il sait qu'il emmerdera un maximum de gens biens. Et en le faisant sur un label comme Crammed, dont le public-cible est globalement ouvert aux projets musicaux transgressifs ou obliques, on se dit que le germano-chilien n’aurait pas pu trouver meilleur écrin.