Smudge Another Yesterday

Pimmon

Preservation  |  2009
8 / 10
par Simon  |  le 8 juin 2009

Paul Gough représente discrètement l’arrière-garde de l’ambient expérimental, la conscience dormante d’un genre qui ne cesse d’évoluer. Plus d’une décennie après ses débuts, l’Australien, mieux connu sous son pseudonyme Pimmon, a conquis ses admirateurs à la force des bras, en créant un réseau d’une musique à la fois dense et énigmatique. Tout cet activisme a fini par payer, et Pimmon peut maintenant se prévaloir de collaborations avec Fennesz, Oren Ambarchi ainsi que de travaux publiés sur Fat Cat (Animal Collective, Múm, Black Dice ou encore Sigur Rós) et Tigerbeat6 (Kid 606 ou encore les warpiens de la Team Shadetek). Mettant fin à une attente longue de cinq années, Smudge Another Yesterday s’annonce comme une des plus belles promesses ambient de cette année.

Ce qui frappe aux premiers abords, c’est le rapport étroit qui noue l’Australien au reste de la scène ambient 2.0 : jamais bien loin d’un Alva Noto ou d’une collaboration entre Tim Hecker et Aidan Baker dans cette manière de faire grésiller une ambient abyssale, Pimmon n’hésite pas à recourir à des glitches libérés qui nous rappellent les bienfaits procurés par Anthony Pateras et Robin Fox. Mais ce qui aurait été pour beaucoup un écueil se transforme vite en une bénédiction, car Paul Gough maîtrise sur le bout des doigts cet art patient de la subversion, ajoutant plusieurs originalités de taille à une musique jusqu’ici déjà clairement attirante. Smudge Another Yesterday ne se contente pas d’être un disque d’ambient classique qui, malgré une beauté qu’on imagine sans mal à son apogée, ne demeurerait néanmoins qu’un album d’ambient classique. Ici on retrouve des voix suspendues, des glitches peu dociles, des claviers désorientés et des bruits blancs rondouillards au beau milieu d’une longue traversée la tête en bas. Les premières écoutes suffisent pour comprendre qu’on tient là un disque fort de sa paradoxale accessibilité : ce nouveau disque de Pimmon remplit admirablement bien le cahier de charges d’une ambient exigeante tout en ouvrant ses portes de manière béante pour aiguiller les auditeurs vers un substrat qui n’a rien d’ésotérique.

Smudge Another Yesterday est une ballade de nuit au-dessus de l’Océan Indien, en compagnie d’un autochtone maniant son deltaplane comme personne. Cet Australien défie la grandeur maritime en côtoyant de très près les trous noirs et autres nuages d’ions, brouillant notre position comme ils nous donnent une nouvelle direction. Cette direction est floue mais précise, comme conduisant irrémédiablement vers le cœur bouillonnant de cette usine électrique. La piste étoilée est superbement balisée : les yeux fermés, il n’y a qu’à suivre d’instinct les bourdonnements, les traînées de poussières auditives et les mélodies désaccordées pour retrouver son chemin dans une musique en suspension, puissante et régénératrice des cœurs en manque de sensations. Pimmon vient de taper juste huit fois d’affilée et propose un disque-balise au cœur du cercle très fermé des poètes du silence. Mais peut-on encore appeler cela de l’ambient ?