Smile Good

Jay Prince

Drmclb  |  2016
7 / 10
par Ruben  |  le 6 décembre 2016

Depuis le remarquable succès de Skepta, la scène grime a repris des couleurs après des années de perdition médiatique - soyons clairs, si des gens comme Dizzee Rascal, Kano et Wiley sont parvenus à être visible pendant toutes ces années, ils cachaient quand même un sacré iceberg qui n'a pas attendu le succès d'estime pour se rendre indispensable à toute un frange de la population britannique. Et alors qu'on pourrait penser qu'une invasion grime allait être programmée par quelques labels bien décidés à profiter de la hype entourant le genre, on note qu'il n'en est rien. D'ailleurs, notre dernière découverte en provenance de la capitale anglaise n'a pas grand chose à voir avec le grime. Non, le natif d’East London possède des qualités qui le rapprocheraient plutôt de ses homologues américains Isaiah Rashad, Big K.R.I.T. ou Tayyib Ali. En effet,

Jay Prince propose un rap aérien qui trouve son équilibre entre rap chanté et storytelling poétique. Infusées d’instrumentation live, les 8 pistes contiennent des éléments de rock, de jazz, de new soul et même de gospel qui font de Smile Good un condensé d'ondes positives, qui ne sont pas sans rappeler le Coloring Book de Chance The Rapper – la seconde piste « Father, Father » semble d’ailleurs largement inspirée du livre à colorier de Chancelor Bennett.

D'ailleurs, s’il y a un reproche à faire à ce plaisant Smile Good, c’est que l’ensemble manque légèrement de personnalité et ne se démarque pas suffisamment de la concurrence (surtout américaine). Avec son accent londonien qu’il semble parfois volontairement effacer, Jay Prince fait de gros efforts pour livrer un projet qui alignera toutes les qualités nécessaires pour s’imposer sur le marché US, à l’image du groovy « Where You Belong » auquel on souhaite le même succès commercial que le « Dang ! » de Mac Miller & Anderson .Paak.

Bien qu'il soit né dans le berceau du grime, Jay Prince se positionne donc à contre-courant de ses camarades de quartier et nous fait découvrir un tout autre pan du hip hop made in UK, jusque-là peu visible, et qui se veut coloré et festif. Et malgré l'absence flagrante d'originalité, on se dit quand même qu'un disque comme celui-ci est une véritable aubaine dans un rap-jeu toujours aussi orienté money & bitches et qui n’accorde finalement que peu d’énergie à retranscrire de manière sobre et lucide de véritables émotions ; chose qu’on pourra difficilement reprocher à Smile Good.

Le goût des autres :