Slime Season 3

Young Thug

YSL  |  2016
8 / 10
par Jeff  |  le 4 avril 2016

J’ai dans mes connaissances des gens qui peuvent passer le plus clair de leur temps à louvoyer sur Datpiff, dans l’espoir de tomber sur la mixtape ultime qui les obsèdera d’ici à ce que soit uploadé sur les serveurs du site un truc tout aussi badass – ceux qui connaissent un peu cet univers savent que l’on parle de délais très courts.

Cette occupation de leur temps libre, elle me fascine. J’admire l’abnégation, la soif de découvrir le emcee qui va affoler le double H et la volonté d’aller flairer les nouvelles tendances qui à terme façonneront l’industrie du rap et la musique mainstream.

Il est surtout admirable de les voir effectuer l’énorme travail de tri – qu’on ne s’y trompe pas, il y a énormément de déchet. Nombre de tapes sont tout simplement mauvaises ou insignifiantes, et pour pas mal d’entre elles il est nécessaire de séparer le bon grain de l’ivraie. Car si un album financé par une major ne peut se réaliser sans le travail d’un executive producer à qui l’on demande de brider l’enthousiasme de ces mecs qui pourraient passer leur vie en studio, la mixtape est généralement l’expression d’un emcee dans tout ce qu’il a de plus brut et incontrôlable.

À cet égard, la carrière de Young Thug est un véritable cas d’école. Depuis qu’il est apparu sur nos radars avec l’immense 1017 Thug, l'hyperactif MC d’Atlanta a replacé sa ville au centre du game, en cultivant son image d’OVNI d’un rap qu’il a contribué à transformer avec un autre type qui affole les compteurs, Future. Comme ce dernier, Young Thug a été omniprésent sur le front des mixtapes (Slime Season est sa quinzième) comme sur celui des featurings (tu veux un type qui va propulser ton single dans la stratosphère, appelle Young Thug, résultat garanti). Par contre, là où Future a déjà livré quelques longs formats d’exception en major (qui a dit DS2 ?), on attend toujours le Hy!£UN35 de Young Thug, qui devrait contenir au moins un tube

En même temps, avec des mecs comme Thugga, on oublie vite les contraintes de format ou les obligations contractuelles qu’il pourrait avoir avec tel ou tel label : un peu comme Zlatan au PSG, Young Thug fait ce qu’il veut et que le monde qui l’entoure se démerde, quitte à finir étourdi et déconcerté face à un tel stakhanovisme.

Il n’empêche qu’avec cette troisième et ultime itération de la série Slime Season, on a vraiment le sentiment de s’approcher d’un produit qui pourrait vraiment ressembler à ce qu’il pourrait nous livrer sur son premier album 'officiel', celui qui devrait lui faire gravir un nouvel échelon au-delà duquel on ne plait plus qu'aux seuls fans de rap. En effet, jamais le résultat final n’a semblé aussi maîtrisé, aussi poncé, aussi abouti. On n’est pas encore dans un truc aux angles arrondis et taillé pour le grand public certes, mais on sent qu’il y a une volonté de la part de Young Thug de faire évoluer son art, de le rendre encore plus accessible qu’il ne l’était déjà – notamment dans ses parties chantées, sur lesquelles il excelle.

Et puis surtout, chose assez rare avec une mixtape : sa courte durée est un argument de poids. Rien à jeter ici. La petite demi-heure en compagnie de Young Thug permet (comme si c’était vraiment nécessaire) d’avoir un nouvel aperçu de son talent fou, de sa capacité à occuper le moindre espace vide et de ses talents de caméléon, lui qui parvient à rester unique tout en s’adaptant à tous les univers – et ici encore, le travail de ses partners in crime London on da Track ou Mike WiLL Made It est exceptionnel.

En gros, on tient avec Slime Season 3 une sorte de Barter 6 encore plus pop et mélodique, un truc qui plaira autant au mec qui n’a jamais écouté Young Thug qu’au fan de la première heure qui ne rate rien de ses exploits – ces gens-là ne doivent pas avoir beaucoup de temps pour écouter autre chose. Et surtout, contrairement à la plus célèbre trilogie du septième art, Young Thug boucle la série en beauté et confirme un peu plus son statut de futur Parrain du rap game. Vito Corleone serait tellement fier.

Le goût des autres :