Siskiyou

Siskiyou

Constellation  |  2011
7 / 10
par Jeff  |  le 11 janvier 2011

C'est un fait: il y a quatre ans, qu'on aurait davantage parlé de ce disque de Siksiyou. A l'époque, le rock canadien avait plus que jamais le vent en poupe, au même titre que le folk et le label Fargo. Aujourd'hui, les poids lourds canadiens se font plus discrets, le seul disque de folk véritablement attendu de pied ferme en 2011 sera le nouveau Fleet Foxes et la vénérable maison Fargo est sagement rentrée dans le rang en termes d'exposition médiatique. Si je vous dit cela, c'est parce que Siskiyou est un projet collaboratif réunissant les folkeux Colin Huebert, ex-Great Lake Swimmers, et Erik Arnesen, toujours actif au sein groupe de l'Ontario, et que personne ne se serait offusqué de voir ce premier album sortir sur le label de Michel Pampelune. Heureusement, il reste à Montréal une vénérable institution du nom de Constellation Records, et qui a bien vite compris que ces deux-là avait des choses très intéressantes à nous raconter.

Tirant son nom d'un massif montagneux américain disposant du seul piège à Yéti recensé sur le globe (tu parles d'un atout touristique), le projet se concentre autour de compositions écrites par Colin Huebert, retravaillées en binôme et ensuite enregistrées dans des conditions plutôt précaires (dans des cages d'escaliers, des salles de bains ou des chambres d'hôtel) pour un son authentique et estampillé « Feu de bois dans ma cabane au Canada ». Dit comme cela, on pourrait pensez que ce premier effort de Siskiyou empile tous les poncifs du folk boisé et pleurnichard – d'autant plus que les paroles traitent à l'occasion de mort ou de résignation. Ce n'est pas totalement faux. Mais on le sait, pour mille maniacodépressifs broyant du noir sur leur quatre pistes, il y a toujours un Chad Vangaalen ou un Bonnie 'Prince' Billy qui traîne dans le lot. Et c'est justement dans une galaxie peuplée par ces deux rois du spleen en mode mineur qu'évoluent Huebert et Arnesen. Ainsi, s'il n'est pas parfait de bout en bout, ce premier album de Siskiyou contient quand même quelques grands moments de folk lacrymal – mais jamais pathétique. Arrangements minimalistes, esthétique lo-fi et voix poignantes constituent donc le programme sans surprises de ce disque court mais résolument intense, et qui réchauffera les coeurs à défaut de révolutionner un genre qui n'en a pas besoin.