Sincerely, Future Pollution

Timber Timbre

City Slang  |  2017
7 / 10
par Michael  |  le 12 avril 2017

Timber Timbre est le type de groupe qui aurait pu s’écrouler après trois albums, ou sombrer dans les limbes de l’oubli, complètement lâché par la presse et les consommateurs de la première heure. Pourtant, le groupe canadien en est à sa onzième année d’existence et à son sixième album. Au-delà de ce qui constitue déjà une carière et une discographie assez conséquentes dans le contexte actuel de l’industrie musicale, la place du groupe et son succès dans nos contrées ne se dément pas - nombre de « petits » groupes (comprendre ici l’adjectif en référence à son exposition médiatique et non à sa qualité artistique) ne peuvent en dire autant.

A qui le mérite ? Certainement pas à nous auditeurs volages ou aux médias dont nous faisons bien évidemment partie. Non, ce mérite n’est dû qu’à Taylor Kirk et ses acolytes. Débarquer dans la deuxième partie des noughties avec un son si caractéristique, si old school, un truc qui sentait les micros et les guitares vintage juste avant que cela devienne la nouvelle norme, ce mélange de country, de folk, de codes de la musique de films, tout cela détonnait, donnait une couleur clairement identifiable mais risquait aussi rapidement de virer au pastiche. Et pourtant. Il faut dire que le groupe n’a pas oublié d’écrire des chansons en chemin. De bonnes chansons qui plus est. Taylor Kirk ne s’est ainsi pas uniquement vêtu des oripeaux des musiques nord-américaines traditionnelles comme tant de ses confrères, il a également retenu les leçons d’écriture et de composition qui confèrent à ces musiques leur intemporalité et universalité.

Sur Hot Dreams, on sentait déjà une inflexion, ou plus exactement un élargissement de la formule, de même que l’assimilation de certaines influences que l’on ne percevait pas auparavant - la soul, le krautrock notamment. Cela passait par l’utilisation de cuivres, un chant et une section rythmique parfois plus chaloupée, le jeu sur des figures répétitives et surtout, une utilisation plus conséquente des claviers en mode mélodique ou bruitiste. Ces influences et ces claviers sont encore plus omniprésents sur Sincerely, Future Pollution. Il y a toutefois une différence assez palpable: là où Hot Dreams était un album résolument sensuel, Sincerely, Future Pollution est plus lunaire, évanescent et sombre. Un album où il est d’ailleurs souvent question de brume, de brouillard, de fumée (« Sincerely, Future Pollution », « Sewer Blues », « Grifting »).

Taylor Kirk s’en est expliqué, sans rentrer dans quelque chose de revendicatif ou d’explicite (c’est pas vraiment le genre de la maison): le contexte politique, social, écologique ambiant a déteint sur ses nouvelles compositions et cela s’en ressent clairement. Il faut lire entre les lignes, aucune allusion n’étant directe. En revanche ça infuse clairement la tonalité générale de l’album, qui prend une couleur plus dépressive qu’à l’accoutumée. Non pas que le groupe ait jamais véritablement fait dans la gaudriole, mais l’atmosphère est quand bien plus plombée que d’habitude. Un paradoxe en soit assez intéressant à l’aune de la proposition musicale qui se veut, elle, plus évanescente laissant encore plus d’espace qu’à l’accoutumée aux respirations et aux silences. Malgré ces évolutions, le fil rouge reste en fin de compte la voix de Taylor Kirk. Toujours aussi particulière, toujours nimbée de ce léger écho qui donne cette impression de sortir d’un vieux poste à galène des années 50. Et dieu sait que les fantômes aiment la brume.