Simple Mind

Sébastien Tellier

Record Makers  |  2020
8 / 10
par Émile  |  le 1 décembre 2020

On n’avait pas été profondément séduits par Domesticated, le dernier disque de Sébastien Tellier. Brillant et percutant sur certains titres, un peu flemmard ou difficile à suivre sur d’autres, l’album s’était offert à nous dans une demi-teinte peu habituelle chez le musicien français, et dans une déception difficile à évacuer après six ans d’absence depuis L’Aventura - productions pour le cinéma exclues. Pas simple alors d’aborder Simple Minds, sorti à peine un mois après son prédécesseur. Le format est totalement différent, puisque ce disque fonctionne comme un best of de titres ré-enregistrés en une session, et réarrangés pour l’occasion. Mais plus qu’une version studio d’un live ou d’une petite occasion créée par un événement, Simple Minds ressemble à un message de tendresse envoyé à son public et à lui-même pour parler d’une carrière déjà bien longue.

Prenant le pas sur une potentielle compilation de ses « meilleurs » titres qu’un label – probablement pas Record Makers - pourrait lui imposer, Tellier a fait lui-même une sélection de ce qui s’impose à un instant T comme une série de titres qui, sans forcément se gausser de refléter ce qu’il a pu produire de meilleur, donne une vue d’ensemble particulièrement large de sa carrière. Évidemment, on y retrouve « L’amour et la violence », « The Look », « A Ballet », mais également des titres plus personnels que vendeurs. On pense notamment aux deux pièces rapportées de L’Aventura ou le définitivement incompréhensible « Against the Law ». Cette sélection, c’est l’occasion de reprendre par soi-même une œuvre dont l’originalité a pu faire oublier la cohérence. Entre la musique brésilienne, la chanson, la house ou la musique orchestrale, on aurait en effet tendance à zapper que l’oeuvre de Sébastien Tellier ne se résume à un type barbu proférant de romantiques absurdités. Musicalement, les choses se tiennent de très près.

Dans Simple Mind, le set up est minimaliste : piano, voix, discrète batterie, auxquels se rajoutent quelques synthétiseurs ou une basse. Mais l’idée va bien plus loin. Chaque reprise est pleine de références à d'autres titres : « Ricky l’Adolescent » est joué comme « La Ritournelle », « Fingers of Steel » comme un morceau de Politics, et « Intromission » - rare présence d’un morceau issu d’une bande originale - comme « L’amour et la violence ». Les thèmes se mélangent, les arrangements se répondent, et donnent du sens à l’intégralité de sa production.

Voilà pourquoi on parlait de geste de tendresse envers les fans pour décrire le disque. Cette redécouverte permanente de titres qui ont tous marqué chaque album à leur manière s’entend comme un pur cri de tendresse. Tellier aime sa musique. Il l’aime à la chanter de tant de manières différentes, que l’on comprend pourquoi ses disques sont à la fois tous les mêmes et tous différents. Il suffit d’écouter sa reprise de « Comment revoir Oursinet ? ». Ce titre, qui avait déjà tout d’un morceau de bravoure en termes d’arrangement et de production sur L’Aventura, se révèle dans cette session d’enregistrement comme l'un des plus beaux de toute sa carrière. Et si on a aimé ses productions comme il l’a fait, on prend aussi un grand plaisir à le réentendre comme chanteur. Plus que jamais proche de la variété, on se rend compte, par exemple sur « Stuck in a Summer Love », à quel point sa maîtrise du piano-voix et de la guitare-voix est impeccable.

Alors que faire avec Simple Mind ? Sa difficulté à le noter ou à le juger nous donne juste l’impression que la polarisation du projet est plutôt à chercher du côté du plaisir. Un plaisir que Sébastien Tellier prend à rejouer ses morceaux, à nous les faire redécouvrir en même temps qu’il se les re-raconte à lui-même ; mais aussi un plaisir à mettre les doigts – au bout desquels il a « la musique », rappelez-vous en bien – sur ce qui fait l’essence de sa carrière, tout en offrant une telle simplicité qu’on n’a aucune méfiance sur ce qu’il pourra produire par la suite.