Significant Changes

Jayda G

Ninja Tune  |  2019
4 / 10
par Côme  |  le 4 avril 2019

Il y aura probablement un avant et un après Peggy Gou pour les femmes DJ. Très clairement, elles n’auront pas attendu la Coréenne pour s’imposer (coucou Nina Kraviz et Paula Temple), mais Peggy Gou aura prouvé qu’elles peuvent également connaitre la starification ultra-rapide. Dès lors, chaque label d’avancer ses talents et espérer avoir dans son effectif la future star. Du côté de Ninja Tune, on prépare déjà l’après-Gou avec Jayda G. Une Boiler Room au Dekmantel pleine de bonne humeur et de classiques en 2017, une belle gueule, et désormais un album avec pour toile de fond sa thèse de master en "resource and environmental management" sur les orques.

Si la formule de sa BR était « disco/house + énergie communicative », ce Significant Changes reprend une par une les références de ces classiques, au point par exemple de rendre un hommage direct à Midnight Star sur "Stanley’s Get Down (No Parking on the DF)". Loin de la recherche de la secret weapon, tout ici est ultra référencé, volontairement simple et tente constamment de mettre un énorme sourire sur le visage. Ce qui serait formidable si Significant Changes n’était pas un disque plus mollasson qu’une soirée d’entreprise, et ne semblait avoir rien à dire ni sur la house, ni sur Jayda G, ni sur les orques. Très clairement, le background écologiste du disque est ici plus une excuse qu’un véritable fil directeur, voire une simple influence. Si on n’attendait évidemment pas un tract de José Bové à 120 bpm, on regrette simplement que les orques servent d’excuses pour justifier des titres peu inspirés (les morceaux d’introduction et de conclusion) voire clairement inutiles ("Orca’s Reprise"). De même, c'est incroyable à quel point Jayda G est capable de transformer un genre empli d’énergie, de fun, conçu littéralement pour bouger ses fesses, en des morceaux empesés, incapable de transmettre quoi que ce soit.

On en vient à se dire que ce disque n’a rien à dire car il n’est fait que de références, d’emprunts à d’autres. Il refuse simplement toute énergie, tout propos qui pourrait écorner cette image à protéger de "future superstar". Une image qui apparait malheureusement d’un seul coup fausse, photoshopée. Un disque centriste, digne d’être joué en fond sonore dans des bars à boulgour, sans contexte, sans sexe, sans sueur, sans rien. DJ Sprinkles en parlait justement dans "Ball’r (Madonna Free Zone)", tiré de l’incroyable Midtown 120 Blues : "As long as I'm DJ-ing, you will not be allowed to vogue to the decontextualized, reified, corporatized, liberalized, neutralized, asexualized, re-genderized pop reflection of this dance floor's reality”. Étonnement, DJ Sprinkles n’aura probablement jamais de Boiler Room ou de contrat avec Nike ou Ray-Ban. Choisis ton camp, camarade.

Le goût des autres :