Shadows of Death and Desire

Silent Servant

Hospital Productions  |  2018
7 / 10
par Côme  |  le 23 janvier 2019

Six ans, c’est le temps qu’il aura fallu à Silent Servant pour sortir ce deuxième album - autant dire une éternité dans le milieu techno. Il faut dire que rien ne pressait vraiment : entre son label Jealous God, quelques EP pour sa structure et de très bonnes maisons (on vous renvoie à ceci sur L.I.E.S.), et les habituelles apparitions en set/festival, le gars était bien occupé. Pourtant, c'est alors qu’il pourrait tranquillement vivre de son label (quitte à vendre un ou deux disques de l’époque Sandwell District en cas d’imprévu) que Juan Mendez ferme Jealous God et sort du bois avec une nouvelle plaque pour Hospital Productions, vénérable maison fondée par Dominick Fernow, mieux connu sous le nom de Prurient.

La version deluxe de Negative Fascination avait beau comprendre un couteau avec le LP, ce précédent disque n’était clairement pas le genre de chose que l’on écoutait en serrant les dents ou en se taillant les veines. Non, la fascination pour le noir de Juan Mendez est très romantique, plus proche de The Cure que de ses condisciples fascinés par la techno de hangar. Loin du déluge de kicks, il est toujours question sur Shadows Od Death And Desire de drums cliqués tout droit sortis d’un disque de Juan Atkins. Son œuvre continue également à gagner en ambiances clair-obscures et s’agrémente de sombres spoken words, rejoignant en cela son travail en tant que moitié de Tropic of Cancer. Ce croisement entre techno, post-punk et EBM fait peut-être mouche, mais impossible cependant de ne pas regretter la variété de tons d’un premier disque qui continue à prendre des airs de mélange d’influences parfait.

Si l’on serait incapable de différencier à l’oreille certains des morceaux de Shadows Of Death And Desire, on est heureux d’être face à un disque qui a l’avantage d’être assez court pour ne pas trop se répéter, et un producteur assez intelligent pour ne pas se lancer dans la course aux armements qui a trop souvent caractérisé la techno labellisée industrielle. Après tout, pourquoi lutter avec tes fils spirituels quand ta seule ombre les écrase ?