Semtex (20th Anniversary Edition)

The Third Eye Foundation

Ici D'Ailleurs...  |  2016
9 / 10
par Simon  |  le 24 mai 2016

C’est assez fou de voir comment certains disques vieillissent affreusement mal là où d’autres deviennent un peu plus visionnaires à mesure que les années passent. Si on ne perdra pas de temps ni d’énergie à citer des disques intégrant la première catégorie, on a la certitude que Semtex fait partie de la deuxième. Son statut de disque obligatoirement culte, Semtex le doit à la combinaison d’un paquet de facteurs, tous liés de près ou de loin à la jeunesse, à la fougue et à l’auto-détermination.

Tout d’abord, Semtex c’est l’histoire d’une vision, le tout premier objet identifiable sorti de l’esprit foisonnant de Matt Elliott, personnage principalement culte pour son dark-folk prompt à donner des envies de poutre et de nœud coulant. La version beta d’une carrière qui débute en 1996, animée par l’envie d’emmener bien loin tout ce qui passe à proximité et de le faire à grands renforts de nuages de fumée, de transe et d’incertitude sur l’endroit où tout cela finira par atterrir.

Ensuite, et c’est probablement le plus important, ce premier disque de The Third Eye Foundation est l’histoire d’une musique absolument singulière, qui ne trouve encore aujourd’hui aucun équivalent malgré les composantes parfaitement identifiables qui la font. Certains parleront directement de drum’n’bass ou de early-breakcore, d’autres n’auront d’yeux que pour l’incroyable esthétique shoegaze, la production au grain endommagé, les accointances légèrement noise ou le lyrisme évanescent d'un chant féminin qui parcourt le disque comme un fantôme. Si l'on doit s’en tenir aux genres imbriqués dans cet hybride fou, Semtex touche également souvent au génie dub, aux musiques ambient délicates.

Semtex, c'est enfin l’histoire d’un premier disque qui ne choisit jamais entre musiques électroniques et musiques organiques (quitte à brouiller la frontière entre les deux), qui se focalise uniquement sur l’histoire à raconter, sur les drames qui deviendront des contes et légendes pour tous ceux qui auront la chance de s’y intéresser. Un disque à l’image de tout ce qui suivra dans la carrière de Matt Elliott, quel que soit son projet : absolument total, vivifiant et en première ligne au moment de s’exposer sentimentalement. Une terre d’explorations, de choses jamais vraiment définies, de concepts jamais abordés encore.

Pris dans ce sens, Semtex est un disque-balise au sein des musiques expérimentales, qui vit de sa capacité à aller au-delà sans se perdre, à rendre le totalement nouveau accessible sans rien sacrifier à la beauté virginale du produit fini. Une sorte d’équilibre parfait entre la volonté de tracer une troisième voie et l’amour incompressible du superbe dans la narration. Quand on sait que la version originale du disque a été augmentée de plus de 3 heures de musique supplémentaire (!), on se dit que cette réédition de Semtex, même vingt ans plus tard, est l’une des choses les plus indispensables qui vous sera donnée d’écouter en 2016. L’avantage avec ce type de disque c’est que la note coule de source…