Saint Antoine

La Plage

 |  2016
7 / 10
par Amaury  |  le 7 juillet 2016

La Plage est apparu la première fois dans nos colonnes, il y a un certain temps, à l’occasion de leur premier titre « Rendez-vous » dont il ne faut plus vanter les mérites – mais qu’on aimerait finalement mettre un instant de côté, pour le garder au frais. Dans notre 15e volume des Jeunes Pousses, on soulignait en effet ce que le groupe belge devait aux éclats versaillais de Phoenix et, bien que « Rendez-vous » s’en détachât pour partie, la dynamique s’avouait timidement la même : faire du tube efficace, produire de la pop, radiographier des humeurs suaves et pétillantes.

En conservant la force de cette production, Saint Antoine pousse l’élan plus loin : La Plage est littéralement parvenu à ouvrir le champ de sa pop, passant ainsi d’un succès brut et corporel au raffinement de l’orfèvre, au travers d’un travail minutieux qui ne jette en rien le matériau primaire et sa valeur, mais les sublime. Si l’on souhaite par ces mots arracher une étiquette « pop » simpliste que le groupe ne mérite pas, on voudrait cesser aussi avec toutes ces allusions tirées de leur nom qui réduisent la portée de leur musique. « Ensoleillée » oui, mais pas seulement.

Le titre éponyme « Saint Antoine » dévoile ce nouveau ton dès l’ouverture. Celui-ci tourbillonne de sonorités étalées sur différents paliers. The Jimi Hendrix Experience respectait une logique similaire en faisant surgir des instruments dans tous les espaces vides d’un morceau, sur tous ses niveaux, jusqu’à saturation. Une profusion qui s’opère pourtant ici dans la retenue. On pourrait d’ailleurs voir dans la ritournelle descendante de « Windbreaker » un clin d’œil à la fameuse intro de « Hey Joe », encore une fois plus distante – tout aussi intense, mais pudique. La force du groupe belge réside précisément dans son élégance, lorsqu’elle déguise les passions en gestes simples et candides.

D’autres choix d’une apparente simplicité, pouvant parfois se présenter comme une caricature du mouvement pop, relèvent d’une dynamique intégrale plus complexe. Il ne s’agit pas seulement de diverses sélections rythmiques ou, par exemple, d’une banale envie de glisser quelques punchlines françaises dans un nuage anglo-saxon, comme l’illustre « Egomaniac ». Le disque participe d’un jeu de tensions, entre les ondes profondes et les jets lumineux. Les basses forment souvent un lit sur lequel se couche une voix suave, enveloppée d’explosions de cordes, cuivres, chants fantomatiques et marteaux de claviers. Toute proposition sonore trouve une réponse dans son pendant antagonique. Multiplicité de vitesses, claquements secs, vibrations lourdes, vocalises plaintives, envoûtantes ou envolées. Ainsi s’entremêlent et s’entrechoquent tant les rythmes que les langues, sur différents genres allant de la bossa à l’electro-pop. « Jubilé » cristallise ces constats dans sa facture de tube dansant, aussi sincère qu’une lettre émue par des souvenirs estivaux.

En définitive, Saint Antoine porte les avancées énergiques et les syncopes de la danse, comme les arrêts et les lassitudes des amours passagères, par le contrôle raffiné d’un horizon sonore riche. Entièrement auto-produit, La Plage n’aura pas pris de vacances pour pondre un EP qui marque une nouvelle étape dans leur trajectoire, celle d’une pop légère et fraîche, mais profondément artiste et passionnée.