Russian Roulette

Ed Harcourt

Dovecote Records  |  2009
note : 6
6 / 10
par Popop  |  le 29 juin 2009

Ed Harcourt aime jouer avec le feu. Prolifique mais irrégulier, doué mais capricieux, le songwriter n’a jamais vraiment confirmé tous les espoirs placés en lui à la sortie de son premier album solo, Here Be Monsters, en 2001. Pour autant, le Britannique n’a pas à rougir de sa discographie, étant à ce jour l’auteur de quatre albums assez impeccables et d’une poignée de chansons parmi les plus belles écrites depuis une décennie (au hasard, "Black Dress", "Metaphorically Yours" ou "Whirlwind In D Minor"). Par contre, côté succès et reconnaissance de ses pairs, ce n’est pas encore ça – ce qui, connaissant le caractère instable du bonhomme, doit passablement l’irriter. 

En retrait depuis la sortie en 2006 de The Beautiful Lie, le chanteur nous revient aujourd’hui avec ce qu’il présente lui-même comme un petit intermède musical, un bonbon à croquer pour les fans en attendant le prochain album, à moins qu’il ne s’agisse d’une balle à se tirer dans le pied. Car à n’en pas douter, le titre choisi pour ce EP, Russian Roulette, est hautement ironique de la part de quelqu’un qui, musicalement, fait plus que jamais tourner le barillet de manière un peu déraisonnée tout au long de ces 6 titres. Le risque est mesuré, certaines cartouches sont à blanc, mais la volonté de provoquer est là – jusque dans le support choisi, non pas un bête CD mais une clef USB en forme de balle de revolver !

Que retenir de ce mini-album ? D’abord qu’il n’y a aucune trace de ce qu’on nous annonçait comme « un mélange de Randy Newman et de Eels dans une ambiance glaciale à la Sigur Rós ». "Black Feathers" est bien un peu plus sombre que la moyenne, mais ce n’est ni nouveau ni surprenant de la part du compositeur de "Undertaker Strut". Ensuite qu’Ed Harcourt continue de partir dans tous les sens, à l’image du rockabilly acoustique un peu ridicule de "Creep Out Of The Woodwork" qu’il vaut mieux ne pas prendre au sérieux. Enfin, et c’est peut-être là l’essentiel, qu’à force de titiller la gâchette, le chanteur sait encore faire mouche comme sur la superbe chanson-titre ou l’étonnant "Caterpillar".

Reste à espérer que le Britannique saura canaliser son énergie et faire le tri dans ses compositions pour son cinquième opus à paraître en début d’année prochaine. Sinon, il se condamnera lui-même à ne rester qu’un éternel second couteau alors que son indéniable talent a toute sa place dans la cour des grands.