Réelle Vie 2.0

Maes

Spinnup  |  2018
7 / 10
par Aurélien  |  le 30 avril 2018

Deux ans plus tôt, pour son premier album post-zonzon, Gucci Mane entonnait qu'il "vendait de la drogue avant que tu ne trouves ça cool". En France, ces paroles ont aujourd'hui une résonance tout à fait particulière: il n'a jamais été aussi courant d'entendre les rappeurs balader leur spleen de dealer. Quelque part entre amour de la famille et haine de la maréchaussée, ces plumes et les histoires qu'elles racontent regroupent un vivier qui s'agrandit au fil des ans. En somme, le rap est un peu devenu le blues des mecs en survêt', regroupant des personnalités allant de kickeurs à la Hornet la Frappe aux esthètes de TripleGo. Ue évolution improbable qui suscite un réel engouement chez un public avide d'authenticité - on vous renvoie à ce titre au carton de la tournée des Zénith des deux frangins de PNL, deux ans seulement après la sortie de Que La Famille.

La comparaison avec le premier projet de Ademo et N.O.S, on risque de l'avoir à toutes les sauces pour le cas Maes. Et pour cause: le Sevranais concentre à la fois le côté animal du premier et le côté philosophe du terrain du second, couplé à une véritable puissance de feu FM. Fraîchement sorti du mitard, Réelle Vie 2.0 permet de réintroduire le rappeur à un public qui l'avait probablement raté l'an passé. Maes, c'est définitivement du rap de grand frère à son meilleur niveau. Et peu importe s'il donne le sentiment de rarement faire dans le détail: il porte sur lui tout l'héritage de l'école de Sevran, s'exécutant avec l'ambition de se faire un nom sous les projecteurs de sa ville. Sur Réelle Vie 2.0, la proximité de Maes avec l'auditeur est totale, et il incarne son théâtre du ter-ter avec une aisance et un naturel déconcertants, qu'il navigue sur des courants cloud rap ("Tmax 630", "Sur moi") ou qu'il joue sur des surfaces plus dures, proche de la rupture d'anévrisme ("Sale histoire", "RS6"). Surtout, il peut se reposer sur ce bagout typique des rappeurs du neuf trois comme Sefyu ou Kalash Criminel, entre grande gueule et authenticité du hood, le tout couplé à ce sens de la formule qui faisait toute la force de Que La Famille trois ans plus tôt, à grands coups d'images fortes ("J'suis sorti du dépôt, j'ai remis mes lacets, j'suis reparti sur le terrain" / "J'suis le petit frère à Bader, Toufik, Amine, Adam, pas un pour rattraper l'autre, tous ont connu la GAV").

Maes a pourtant du mal à cacher sa jeunesse sur ce premier projet en forme de brouillon. Si Réelle Vie 2.0 n'offre aucun titre foncièrement mauvais et si tout sent le souffre, le MC tire à vue et multiplie trop les cibles pour arriver à créer un projet homogène, entre drill de cathédrale et zouk du béton. Difficile d'y détecter un liant véritable, même si cette démonstration de force ne cache pas les promesses qui pèsent sur ses épaules: il a le cœur, la technique, et suffisamment de talent pour se constituer une fanbase solide d'ici à la sortie de son prochain projet. On lui souhaite en tout cas de toujours évoluer "broliqué dans ce milieu sans cœur", car si les planètes s'alignent, Maes pourrait bien faire sauter l'industrie du disque avec autant d'impact que le Kaaris de l'époque d'Or Noir. Rien que ça.