Recording A Tape The Colour Of The Light

Bell Orchestre

Rough Trade  |  2005
7 / 10
par Nicolas  |  le 10 septembre 2005

Lorsqu’on a commencé à évoquer le top de fin d’année sur le forum des rédacteurs, une question revenait sans cesse : faut-il ou non inclure Arcade Fire à celui-ci ? La raison invoquée, tout le monde la connaît : le disque est sorti en 2004 aux Etats-Unis et en 2005 en Europe mais il trustait déjà le top de l’année dernière. Cette question, bien que résolue à l’heure actuelle, a eu le mérite de me rappeler l’existence d’un projet presque parallèle nommé Bell Orchestre que je me suis empressé d’aller rechercher dans le fin fond de ma discothèque. Aux côtés de groupes comme Godspeed You ! Black Emperor, Silver Mount Zion,…

Né en 1999 pour accompagner un spectacle de marionnettes, Bell Orchestre est donc un projet expérimental et instrumental mené par Richard Reed Parry et Sarah Neufeld, tous deux membres à part entière d’Arcade Fire. Si on retrouve le premier à la basse, aux claviers ou aux percussions et la seconde au violon, ils sont néanmoins accompagnés par Stefan Schneider (batterie, percussions), Pietro Amato (joueur de cor français et membre de Thorngat) et, enfin, Kaveh Nabatian (trompette, mélodica).

Mais il est également impossible de parler de Bell Orchestre sans évoquer l’influence qu’ a eue Arvo Pärt sur le groupe. Et plus particulièrement sur sa conception d’appropriation de l’espace. Ainsi, les moments de silence et les sons les plus restreints et les plus délicats peuvent avoir un impact aussi fort qu’inattendu sur l’auditeur.

Si Recording A Tape The Colour Of The Light regorge de cette notion d’espace, il possède également cette fabuleuse faculté à faire naître des images mentales particulièrement prégnantes. La musique de Bell Orchestre est un subtil mélange d’arrangements complexes et de mélodies improbables qui prend des allures de symphonie, effaçant la contrainte de départ (absence de guitare) au profit d’un rapprochement avec la musique contemporaine.

Avec son post-rock aux structures éclatées et son instrumentation acoustique, Recording A Tape The Colour Of The Light approche donc sensiblement l’univers de la musique de chambre. Outre son orchestration classique, Recording A Tape The Colour Of The Light a permis à des instruments généralement relégués au second plan de sortir de l’ombre : clochette, xylophone, cor, mélodica, machine à écrire,… La plupart des morceaux sont nés d’improvisations enregistrées et ensuite retravaillées jusqu’à obtenir le résultat escompté. Dans ce processus, le lieu de création a également son importance. Ainsi, le groupe s’est retrouvé pour la fin de l’enregistrement dans un chalet glacial du Vermont. Il y faisait tellement froid qu’ils commencèrent à taper des mains pour se réchauffer et donnèrent naissance au titre « Throw It On A Fire ». Cette absence de règle laisse à la fois grand ouvert le champ de la création mais rend difficile toute décision car aucun cap n’a été clairement défini. Bell Orchestre va là où la musique le porte. Un premier pas vers la lumière.