.RAW-Z

Laylow

Digital Mundo  |  2018
7 / 10
par Noé  |  le 17 décembre 2018

Le regard vide, Bob Harris contemple les lumières des néons émanant d’un Tokyo déshumanisé. Tapi dans l’ombre de la chambre d’hôtel du gratte-ciel dans lequel il séjourne, l’acteur se retrouve seul face à sa solitude et se questionne sur le pourquoi de son existence. Non loin de là, Laylow admire les structures froides et bétonnées de la capitale nippone à travers la vitre de sa Mercedes Classe C full option. À fond sur le périph’, le rappeur aux cheveux peroxydés s’interroge sur le pourquoi de ses échecs amoureux, scrollant inlassablement dans ses nombreux DM Instagram. Si Lost In Translation se révèle comme l’un des plus beaux films mettant en images la solitude, Laylow, lui, s’impose comme l’un des rappeurs francophones les plus doués pour mettre son spleen en musique. Dans le fond, .RAW-Z s'affiche donc comme une suite logique à l’excellent Digitalova (et au très bon .RAW) dont on vous vendait les mérites il n’y a pas si longtemps. 

Autant vous prévenir tout de suite : rentrer dans l’univers de Laylow n’est pas chose aisée ! Derrière les grillz et les boucles d’or se trouve un artiste à l’identité forte, conscient de son hypersensibilité. Pourtant, l’approche parfois superficielle du monde qui l’entoure n’est pas sans cacher un regard critique sur une société gangrénée par les cyber-relations. Une thématique récurrente chez le Toulousain qui traduit ce sentiment de double métissage en se présentant tantôt comme un homme, tantôt comme un robot. C’est bien là que réside toute la force du rappeur qui parvient à raconter ses déboires sentimentaux IRL en y intégrant ses interactions online. Un nouveau type de langage informatique rappeur-machine ? Le Web 3.0 en jugera. 

Cette approche transhumaniste vient appuyer une vision de la vie que notre homme conçoit comme un kit modulable à l’infini. Un Docteur Maboul lugubre où Laylow prend un malin plaisir à vous arracher les tripes à grands coups de lignes de basse. Dans « Prince de Sang Mêlé », les productions froides et électroniques accompagnent un univers futuriste mettant en scène une détresse plus que jamais d’actualité : « Et quand j'me dope comme un cycliste, au réveil, j'suis si triste / C’est pas carré, c'est cyclique, c'est pas vraiment pareil quand j'y suis ».  Une esthétique pensée en étroite collaboration avec TBMA, un collectif qui prend soin de mettre sa musique en images et qui confirme l’emprise totale que Laylow possède sur sa direction artistique. Le rappeur se pose donc en véritable homme à tout faire, une chose de plus en plus rare dans le paysage rap francophone. Mais l’unité de ce genre de projets peut aussi être son plus grand défaut. Bien que .RAW-Z soit réussi dans son ensemble, l’univers thématique de son créateur peut apparaître parfois un peu redondant. En vous armant d’une bonne plaquette de Prozac, on vous conseille néanmoins de plonger à corps perdu dans la matrice.