Rakka

Vladislav Delay

Cosmo Rythmatic  |  2020
7 / 10
par Côme  |  le 13 mai 2020

Sasu Ripatti aurait dû être une légende, et pourtant personne ne le connait. Certain·e·s lecteur·rice·s sauront certes qu’il est derrière l’incroyable Luomo, ou auront un jour aperçu le nom de Vladislav Delay dans le catalogue de Chain Reaction. Mais là où ses anciens camarades de label ont pu avoir des carrières fantastiques, Vladislav Delay a beaucoup plus galéré ces 20 dernières années. Signature sur Mille Plateaux, création de son label Huume pour sortir ses disques pendant quatre ans, passage chez raster-noton pendant deux ans, nouveau label perso, quasi-arrêt de celui-ci, et désormais une signature sur Cosmo Rythmatic. En bref, une carrière à la Nicolas Anelka, les problèmes de discipline en moins.

Et pourtant, Vladislav Delay est toujours en pleine forme, six ans après son dernier disque solo (on ne compte pas ici son travail de BO de séries ou films). Là où Visa, dernier disque pour raster-noton, évoluait au ralenti entre inspirations électro-acoustiques et ambient à la Thomas Köner, Rakka préfère les patates de forain aux lents grondements sourds. Sur un format relativement resserré pour lui (aucun morceau ne dépasse la dizaine de minutes), le Finlandais passe son temps à faire trembler les basses dans un disque qui ne dépareillerait pas dans la discographie d’Emptyset, et rappellera peut-être à certains les débuts abrasifs de Fuck Buttons sur Street HorrrsingÉcrasé de basses fréquences, éclats de breakbeats, bonne purée de bruit blanc, la recette est certes consistante, mais Vladislav Delay a l’intelligence de toujours faire évoluer son positionnement. Multipliant les approches, quitte à être aux antipodes de ses anciennes créations, il se permet cependant un bref rappel du son Vladislav Delay sur "Raakile" avant de mieux repartir vers l’avant.

Si l’on se demandait bien pourquoi il allait se relancer chez Cosmo Rythmatic, la proximité avec son gérant Shapednoise apparait évidente tout le long d’un Rakka qui tient bien plus du power electronics que de la dub techno. Là où certains pourront regretter une pareille évolution, on ne pourra pas vraiment l’accuser de gâcher sa carrière. Alors qu’on lui voyait celle d’Anelka, on se plaira à la fin de ce disque à l’imaginer dans la peau d’un autre attaquant de l’EdF du mondial 2010, hautement décrié, mais aujourd’hui une légende de son club après avoir complètement relancé sa carrière : André-Pierre Gignac.

Le goût des autres :