Qualm

Helena Hauff

Ninja Tune  |  2018
6 / 10
par Bastien  |  le 4 septembre 2018

En quelques années, Helena Hauff est passée du statut de star montante de la scène techno à celui de papesse de la musique à 130 BPM. Une ascension fulgurante qui ne doit rien à la hype du revival electro ou à la place (enfin) grandissante des femmes au sein des sphères électroniques. Non, Helena Hauff est au sommet car elle domine de la tête et des épaules l’art du djing. Point barre. Que ce soit par son sacre par Resident Advisor, son Essential Mix de haute volée ou sa Boiler Room implacable et impeccable  au Dekmantel, la DJ hambourgeoise ne récolte que les satisfécits. Nous voilà donc en pleine confiance pour aborder l’arrivée de son second album, Qualm. Une attente d’autant plus grande que son Discreet Desires était bourré de bombes sales. Armée de sa TB-303 et de son Roland Juno-60, Helena Hauff revient donc casser des gueules et des guiboles avec une techno plus rachitique qu’un enfant du Darfour.

Premier constat: la jeune Allemande a choisi de construire Qualm de manière très (trop?) classique en alternant entre morceaux de bravoure à l’image de "Lifestyle Guru" ou "The Smell of Suds And Steel" et passages plus ambient flirtant avec le coldwave, à l'instar de "Qualm" ou "It Was All Fields Around Hère When I Was A Kid". Mais à la différence de Discreet Desires, Helena Hauff pousse plus loin sa démarche et sa musique en s’aventurant sur des terrains plus noise, acid et décharnés. Par contre, l'élément structurant de Discreet Desires reste bien audible: les boucles techno qui sortent de ses machines sont toujours aussi infernales et entêtantes.  Pourtant, au milieu de ces attaques répétées sur notre cortex, on peine à ressortir une cohérence et un propos. Notre chère Helena semble toujours hésiter entre sa science du dj tool et la volonté de proposer un album que l’on pourrait qualifier de « digeste ». Sauf que ces pauses et ces respirations font entrer le disque dans un faux-rythme qui l'empêche de réellement décoller. Un gros goût de trop peu donc, et une vraie déception quand on sait combien l’Allemande excelle derrière les platines.